Au tour d'Ignatieff d'y goûter

Politique - Au tour d'Ignatieff d'y goûter

Les partis libéral et conservateur ont compris le pouvoir de l’image et ils utiliseront abondamment la publicité négative, prévoit un spécialiste.

Mathieu Turbide
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 14-05-2009 | 09h54

Michael Ignatieff se fait malmener dans deux nouvelles publicités négatives lancées par le parti conservateur, qui l'accusent d'avoir été absent du Canada pendant 34 ans et de cacher ses positions sur le Québec.

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Les vidéos de 30 secondes - une en français et l'autre en anglais - sont diffusées à partir du profil officiel du parti conservateur du Canada sur le site Internet You Tube.

Celle en français se concentre sur les positions «cachées» ou mystérieuses du chef libéral sur le Québec et la crise économique et se termine sur la question suivante: «Connaissez-vous vraiment cet homme?».

Dans la vidéo en anglais, on s'attaque au fait que Michael Ignatieff a vécu à l'extérieur du Canada pendant 34 ans. «Pourquoi Michael Ignatieff est-il revenu au Canada?», demande la publicité ? «Il n'a pas de plan pour l'économie. Il n'est pas en politique pour le Canada. Il est en politique pour lui-même», poursuit le narrateur.

D'autres publicités anti-Ignatieff, utilisant les mêmes thèmes, ont aussi été diffusées dans Internet au cours des trois dernières semaines. L'une d'elles montre une série d'images fortes provenant de l'histoire du Canada, des années 1970 jusqu'au tournant du siècle: la marche de Terry Fox, la carrière de Wayne Gretzky, le référendum de 1995, etc. «Ces événements nous ont façonnés. Michael Ignatieff a manqué chacun de ces événements», martèle la publicité.

Selon Luc Dupont, professeur au département de communications de l'Université d'Ottawa, les conservateurs veulent faire appel aux sentiments nationalistes des Canadiens. «Le nationalisme existe aussi au Canada anglais et il font appel à ça. Ce sont des images fortes. Le hockey, c'est une des fiertés du pays. C'est une belle image et c'est extraordinairement émotif», analyse ce spécialiste des communications politiques.

Selon lui, il est clair qu'avant de produire ces publicités, les conservateurs ont fait faire des études de perceptions et des sondages. «C'est le fruit de plusieurs études. Ils ont identifié que c'étaient des faiblesses dans l'image de M. Ignatieff.»

Le mois dernier, une série de publicités négatives visant cette fois Stephen Harper et les conservateurs avaient été mises en ligne dans Internet. Le Parti libéral a toujours nié être à l'origine de ces publicités, même si plusieurs observateurs s'accordent pour dire qu'elles ont une facture professionnelle et qu'elles sont probablement liées au Parti libéral.

Luc Dupont fait partie de ceux-là. «Il est clair qu'en lançant ces publicités anti-Harper, les libéraux ont appris de la dernière campagne lorsque les conservateurs avaient été les premiers à attaquer. Cette fois-ci, ce sont les libéraux qui ont parti le bal.»

Pour visionner les publicités: http://mechantblogue.canoe.ca

«Ça fonctionne» -le professeur Luc Dupont

Contrairement à ce que pensent la plupart des Canadiens et des Québécois, «la publicité négative, ça fonctionne», estime Luc Dupont, professeur au département de communications de l'Université d'Ottawa.

«On entend souvent des gens dire que c'est un phénomène essentiellement américain et que ça ne prend pas ici, mais la réalité nous enseigne plutôt que ça fonctionne ici aussi», dit-il, soulignant les exemples de Paul Martin et de Stéphane Dion, qui ont vu leur image fortement entachée par des publicités négatives.

Des exceptions

Selon le professeur Dupont, ces publicités marchent surtout lorsqu'elles visent des personnages dont l'image n'est pas fixée. «Les nouveaux politiciens sont comme de la plasticine. Leur image est encore floue. Et les adversaires essaient de modifier cette image avant que le ciment ne soit pris», image-t-il.

Toutefois, note le professeur, il arrive que certains politiciens qui jouissent d'un capital de sympathie exceptionnel soient immunisés contre la publicité négative. «Ça été le cas de Barack Obama, par exemple, qui, au départ, avait beaucoup de sympathie et qui, en plus, est Noir, ce qui complique les choses pour les adversaires.»

Le caractère culturel du Bloc Québécois, associé au Québec, protège aussi la formation de Gilles Duceppe contre les attaques négatives provenant des partis fédéralistes. «Ça serait vu comme des anglophones qui s'en prennent au Québec. C'est dangereux pour eux.»


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