De tous les détenus des pénitenciers fédéraux, ceux du Québec sont de loin ceux qui se font prescrire le plus de Viagra et de Cialis à l’intérieur des murs des prisons. Mais pour en profiter, les prisonniers doivent payer eux-mêmes leurs petites pilules bleues.
En fait, selon des documents obtenus grâce à la Loi d’accès à l’information, il s’est prescrit cinq fois plus de médicaments contre la dysfonction érectile dans les prisons du Québec que dans celles de toutes les autres régions du Canada.
Les documents fournis par le Service correctionnel du Canada (SCS) montrent les bons de commande que doivent remplir les détenus pour obtenir l’autorisation d’acheter des médicaments pour leurs problèmes de dysfonction érectile.
Dans les neuf institutions de détention fédérales situées au Québec, 152 commandes de Viagra et de Cialis ont été traitées en 2007 et 2008. La Colombie-Britannique, qui compte quatre pénitenciers fédéraux, suit au deuxième rang avec 29 commandes. Selon le SCS, il n’y aurait eu aucune commande de ce genre de médicament en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique. Personne au SCS n’a pu répondre aux questions du Journal, hier, pour préciser les données obtenues.
C’est à l’Établissement de détention de Donnacona, dans la région de Portneuf, que le plus grand nombre de prescriptions ont été traitées.
Pas gratuit
Depuis 2007, les détenus des prisons fédérales doivent payer eux-mêmes pour leurs prescriptions de Viagra, de Cialis ou de Levitra. Ces médicaments ont été exclus du formulaire qui permet aux détenus d’obtenir certains médicaments gratuitement. Auparavant, le statut de ce type de médicament n’était pas clairement précisé dans ce formulaire.
Une directive datant de janvier 2008, obtenue par Le Journal de Montréal, précise que le SCS ne paie pas pour ces médicaments. Le médecin du centre de détention peut seulement prescrire la médication.
«Les comprimés doivent être obtenus dans une pharmacie de la collectivité, et le détenu doit assumer lui-même les frais», peut-on lire dans le document.
Pour les «roulottes»
Selon leurs conditions de détention, les détenus des pénitenciers fédéraux peuvent passer du temps avec leur conjointe dans des habitations mobiles – communément appelées «roulottes» – situées sur le territoire des centres de détention, mais à l’extérieur des bâtiments principaux. Ce sont des périodes de quelques jours, en moyenne.
Dans la plupart des cas, les commandes de Viagra et de Cialis ont été faites en prévision de ces séjours.