Des données obtenues par le Journal révèlent que 52 % des étudiants qui ont décroché leur diplôme de médecine à Mc-Gill avaient quitté le Québec, en 2008, deux ans après avoir complété leur résidence.
Ces statistiques, fournies par l'Association des facultés de médecine du Canada, montrent que seulement 41 des 85 diplômés de l'institution anglophone exerçaient alors leur profession dans la province.
Les 44 autres avaient choisi de pratiquer ailleurs, principalement en Ontario et dans l'Ouest canadien, mais également aux États- Unis et dans d'autres pays.
En additionnant les départs observés dans les quatre facultés de médecine du Québec, ce sont 99 diplômés qui avaient décidé de s'expatrier l'an dernier, soit un sur cinq. Au même moment, seulement 21 médecins formés au Canada anglais avaient choisi de pratiquer chez nous.
Ce constat relance le débat sur la pertinence d'obliger les médecins à exercer leur profession au Québec après leurs études. «Un médecin est là pour servir la population, pas pour ses intérêts personnels», lance le Dr Gilles Aubé, un des défenseurs de cette idée.
7 M$ pour 44 médecins
Même si ces médecins ont quitté la province, les coûts liés à leur formation ont été assumés en grande partie par les contribuables du Québec.
Pour chaque étudiant, l'État verse des subventions totalisant au moins 158 200 $ au cours des six années de sa scolarité.Cela représente une facture pouvant atteindre 7 M$, uniquement pour les 44 médecins de McGill qui exercent aujourd'hui leur profession à l'extérieur de la province.
«Les sommes versées par le ministère de l'Éducation sont les mêmes peu importe la provenance de l'étudiant, indique la porte-parole du ministère, Stéphanie Tremblay. Seuls les frais de scolarité diffèrent.» Or, même dans le cas des étudiants canadiens, ces frais de scolarité ne représentent que le quart des fonds publics investis dans leur formation.
Au cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc, on dit être conscient du problème. «On voit que les médecins que l'on perd sortent d'une université en particulier», dit l'attachée de presse du ministre, Marie-Ève Bédard.
La proportion de diplômés qui demeurent au Québec varie entre 78 % à l'Université de Sherbrooke, et 91 % à l'Université de Montréal. «On veut s'assurer de garder nos médecins ici», indique Mme Bédard.
Pour y arriver, le ministère de la Santé veut «valoriser la médecine familiale. Peut-être qu'on pourrait ainsi garder ces médecins-là», pense-t-elle.