Employé de la STL depuis 1990, le conducteur André Courchaîne, avec son crâne rasé, ses boucles d'oreilles, ses bagues, son collier, et maintenant son tatouage ne fait pas l'unanimité: c'est même des collègues de travail qui l'ont dénoncé à ses supérieurs, en avril dernier.
Par ailleurs, un sondage mené sur Internet auprès de 430 usagers était révélateur: 86% des répondants avaient une appréciation négative d'un chauffeur tatoué au visage, et plus de la moitié exprimaient une crainte face à lui.
Rien à faire
Mais il n'y a rien à faire: le chauffeur Courchaîne demeurera derrière le volant. En fait, le tribunal d'arbitrage, dans une décision rendue ces derniers mois, mais publique depuis peu, reconnaît à la STL le droit de réglementer toute la question des tatouages chez les chauffeurs.
Mais comme aucune politique claire l'interdisant n'était en vigueur au moment de la plainte, le tribunal ordonne que le chauffeur réintègre son poste avec tous ses privilèges.
Les problèmes avec le conducteur André Courchaîne ne datent pas d'hier. En 1995, la STL était intervenue lorsqu'il avait commencé à porter un collier extravagant d'une largeur de deux pouces, en plus de ses bagues et de son crâne rasé. On craignait alors pour l'image de la société.
Le tribunal lui avait donné raison une première fois.
Liberté d'expression
En avril dernier, la STL recevait une plainte d'un usager contre M. Courchaîne, qui présente cette fois-ci un tatouage de guerrier maori (voir encadré ci-contre) sur le côté droit du visage. La direction lui offre alors deux choix: faire enlever son tatouage ou accepter un autre emploi de préposé à l'assignation des autobus. Une décision qu'il a contestée avec son syndicat.
L'arbitre Denis Tremblay devait trancher à savoir si la STL pouvait s'ingérer ainsi dans la vie privée de ses salariés et limiter leur liberté d'expression et leur droit à l'intégrité physique.
Le tatouage d'André Courchaîne avait à l'origine été dessiné par sa conjointe. Il n'a pas demandé la permission à son employeur avant de procéder au tatouage, croyant qu'il n'y aurait pas de problème. D'ailleurs, deux collègues présentent des tatouages visibles, l'un derrière la tête, l'autre sur les avant-bras. M. Courchaîne a décliné l'entrevue demandée par le Journal.
LES TATOUAGES MAORIS EN BREF
- Ces tatouages proviennent des guerriers maoris de Polynésie et de Nouvelle-Zélande.
- Dès la puberté, des tatouages étaient réalisés chez les jeunes Maoris, au cours de rites et de cérémonies.
- Un guerrier tatoué devenait très attirant pour les femmes, le tatouage devenant une méthode de séduction.
- Les tatouages révélaient aussi le statut social: les Maoris de haut rang étaient tatoués, les autres étaient considérés comme n'ayant aucun statut social.
- En 2004, le boxeur Mike Tyson s'est fait tatouer un dessin maori de type Ta Moko, au visage.
- Le chanteur britannique Robbie Williams présente aussi des tatouages maoris.
- Les symboles maoris ont aussi été popularisés par l'équipe de rugby All Blacks, de Nouvelle- Zélande, qui fait une spectaculaire danse maorie, l'haka, avant les matchs importants, et qui vend des t-shirts avec des symboles maoris.
- De nos jours, certains membres de gangs de rue s'identifient au moyen de tatouages maoris.
Les arguments des parties
SYNDICAT
Aucune politique n'interdit les tatouages. D'ailleurs, la STL tolère depuis longtemps deux autres chauffeurs présentant des tatouages visibles.
Lors de l'intervention de la STL, il portait son tatouage depuis quatre mois sans avoir été importuné ni avoir fait l'objet d'une plainte.
M. Courchaîne a le droit de choisir son style. La STL n'a pas à toucher à sa vie privée.
La Charte protège toute forme d'opinions et d'expressions.
Des clients l'ont complimenté sur son tatouage, lui disant «C'est beau» ou «Ça vous fait bien».
La société a évolué et les bijoux, tout comme les tatouages, sont répandus et tolérés.
La STL n'a fait la preuve d'aucuns préjudice.
STL
La STL a reçu une plainte d'un usager.
Le tatouage donne une image défavorable et contraire à l'image que veut projeter la STL.
Les usagers craignent un conducteur tatoué au visage: un sondage administré à 430 répondants démontre que 86% d'entre eux ont une appréciation négative et que plus de la moitié en seraient craintifs.
Un employeur doit pouvoir déterminer des limites quant à l'apparence physique de ses employés.
La STL offrait au chauffeur le choix entre enlever son tatouage ou accepter un emploi qui ne le met pas en présence du public.
Des normes existent déjà concernant les vêtements, le maquillage et les bijoux et devraient comprendre ce type de tatouage.