Le sommet des pays «rassasiés»

Yves Chartrand
Le Journal de Montréal

QUÉBEC | Il faut parler aux Africains pour réaliser à quel point ce XIIe Sommet de la Francophonie est déconnecté de leur réalité, celle de peuples dont des milliers d'habitants meurent de faim chaque jour.

«C'est le sommet des pays rassasiés, de ceux qui mangent à tous les jours, nous a dit hier, dans un éclat de rire, un journaliste ivoirien. Comment voulezvous intéresser nos citoyens à une question comme l'environnement quand vous avez le ventre vide ?

«Chez nous, en Afrique, il y a des dizaines de milliers de gens qui ne mangent pas à leur faim chaque jour. Un grand nombre en meurt.»

Les grands enjeux que sont la santé, la malnutrition et le respect des droits humains ont été totalement éclipsés par la crise financière qui secoue les fondements du capitalisme occidental.

Miette de ce montant

Comme beaucoup d'autres Africains, Vincent Sosthène Fouda est fasciné de voir à quel point l'Occident trouve les ressources lorsqu'il y a un enjeu qui compte vraiment à ses yeux.

«En quelques semaines, les leaders occidentaux ont trouvé près de 2 000 milliards de dollars pour sauver leur système bancaire, rappelle-t-il. Où était cet argent pour régler la crise alimentaire qui sévit dans les pays plus pauvres depuis plus de deux ans et qui font des milliers de victimes chaque semaine ? Une miette de ce montant aurait suffipour régler une grande partie des problèmes du Sud.»

Fléaux tellement plus importants

M. Fouda est chercheur associé à la Faculté de sociologie de l'UQAM. Camerounais d'origine où il a grandi, il vit au Québec depuis maintenant trois ans.

Hier, il était conférencier devant plus d'une centaine de maires de villes francophones, dont une bonne partie provenaient du tiers-monde. Il leur a parlé de bonne gouvernance et d'environnement.

«Je n'ai pas senti beaucoup d'intérêt de leur part et je le comprends : ces dirigeants font face à des fléaux tellement plus importants comme le sida et le manque de nourriture, dit-il. On estime qu'en Afrique, le cinquième des décès est attribuable à la malnutrition.»

Beaucoup d'observateurs africains, journalistes et délégués, estiment que la crise financière actuelle est une autre preuve que ce continent ne peut compter que sur lui-même pour s'en sortir.

«Oui, l'Afrique est pauvre mais elle ne peut vivre que d'espoir. Il faut que ses dirigeants élaborent leurs propres solutions», dit Iba Diallo, de la presse présidentielle sénégalaise. «Mais il nous faudra tout de même encore l'aide des pays riches pour y parvenir.»

ychartrand@journalmtl.com


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