L'accès à un avortement est encore trop difficile dans plusieurs régions du Québec où les femmes doivent attendre près de deux mois pour obtenir un rendez-vous, révèle une étude. Et contrairement à ce que préconise le gouvernement, la solution n'est pas le recours au privé.
C'est du moins la conclusion d'une chercheuse de l'Institut de recherche et d'informations socio-économique (IRIS), Marie- Ève Quirion, qui dénonce un sous-financement des cliniques publiques d'avortement.
«Les délais d'attente sont plus longs au public qu'au privé et les cliniques privées ne s'installent pas en région parce que ce n'est pas rentable, alors bien des femmes n'y ont pas accès», dit-elle.
Les Québécoises patientent en moyenne de cinq à huit semaines avant d'obtenir un rendez-vous dans un hôpital pour subir une interruption de grossesse, comparativement à sept jours au privé.
«Beaucoup de médecins hors des grands centres refusent de procéder à un avortement après 12 semaines, alors les femmes doivent se rendre à Montréal ou à Québec si elles attendent trop longtemps. C'est mettre beaucoup de barrières pour une intervention simple qui devrait être disponible partout», déplore Patricia La- Rue, présidente de l'Association canadienne pour la liberté de choix.
Investir au public
Depuis près d'un an, la Régie de l'assurance maladie rembourse les avortements effectués au privé. «Mais ça implique un montant plus élevé que ce qu'elle aurait dépensé pour une intervention dans le réseau public, note Mme Quirion. Et tout ce qui est investi dans le privé ne l'est pas au public.»
Selon elle, l'État doit absolument allouer des fonds pour améliorer l'accès au service. Une somme d'à peine trois millions serait amplement suffisante.
Dans certaines régions, dont l'Outaouais, il n'existe qu'un hôpital ou une clinique qui offre l'intervention. Il serait possible d'ajouter un point de service par région avec cette somme.
«C'est certain qu'il y a place pour des investissements accrus», ajoute Natalie Parent, de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, qui organise justement une manifestation dimanche pour rappeler l'importance du libre choix (www.contrec484.qc.ca).
L'avortement au Québec
28 255 avortements ont été pratiqués au Québec en 2006, par rapport à 27 184 en 1996.
À Montréal, 10 000 avortements sont pratiqués dans le secteur public chaque année. 5 000 autres sont faits au privé.
Les femmes attendent en moyenne de cinq à huit semaines avant d'obtenir un rendez-vous au public, comparativement à sept jours au privé.