Non à un État policier

Entrevue avec Jacques Dupuis - Non à un État policier

«Les citoyens ne veulent pas vivre dans un État policier», croit le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis.© Le Journal de Montréal, Yvan Tremblay

Valérie Dufour
Le Journal de Montréal

Montréal-Nord est à mille lieues de la banlieue parisienne et le Québec ne doit pas se transformer en un État policier pour une fusillade dont on ignore encore les circonstances, soutient le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis.

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«Est-ce qu'on veut vivre dans une société où il y a des détecteurs de métal dans les écoles et un couvrefeu pour les jeunes de tel âge ? Je pense que non», a affirmé au Journal M. Dupuis hier après-midi dans ses bureaux du Palais de justice de Montréal.

«On veut la paix sociale au Québec, mais les citoyens ne veulent pas vivre dans un État policier», a martelé le ministre libéral, insistant sur le fait que la situation était» relativement» revenue au calme après le» désordre» de dimanche soir.» Si on avait cette graine de banlieue française ici, on n'en serait pas là.»

Après quatre jours de dérobade, le ministre a accepté de rencontrer hier les membres de la presse écrite pour expliquer son long silence et lancer un appel à la patience et au calme.

«Il y a un scepticisme vis-à-vis de l'enquête criminelle. Mon souci et ma responsabilité, c'est de dire à la Sûreté du Québec : vous allez régulièrement informer la population et la famille qui a perdu le jeune de la marche de l'enquête. Je veux crédibiliser cette enquête, car je suis convaincu qu'elle est honnête et objective.»

Confiance en Delorme

Jacques Dupuis soutient avoir encore pleinement confiance au chef du SPVM, Yvan Delorme, avec qui il a eu un entretien d'une heure mardi. Le chef lui aurait assuré qu'il avait revu ses méthodes d'intervention à la suite des émeutes du printemps dernier au centre-ville et de Montréal- Nord.

Le ministre est également convaincu de l'importance du rôle communautaire des policiers, qu'il voit comme un équilibre entre prévention et répression.» On a connu la police des années 70, 80 et 90. On ne veut pas que ça revienne à [...] une police qui n'était que répressive.»

Et c'est par souci d'objectivité que le ministre n'a pas appelé la famille Villanueva, qu'il n'a pas assisté aux funérailles du jeune homme, qu'il ne prévoit pas partager de repas au cours des prochaines semaines avec des policiers et qu'il ne mettra pas les pieds à Montréal-Nord avant la fin de l'enquête policière.

«Mon rôle est d'être le plus objectif possible entre les deux parties. [...] Comme ministre de la Sécurité publique et de la Justice, j'aurai des décisions à prendre à la suite de l'enquête criminelle en cours.»

Ne serait-ce pas mieux de défendre publiquement le travail des policiers ?» Je ne peux pas me le permettre. J'accepte le prix politique à payer pour le devoir de réserve que je m'impose», répond le ministre, qui a écourté ses vacances en Floride pour rentrer au Québec lundi soir.

CE QU'IL A DIT...

SUR LE MÉCONTENTEMENT DES JEUNES

«Tout le monde se donne la main pour faire en sorte que Montréal ne devienne pas une ville où il y a une émeute pour tout et pour rien.»

SUR LE RENFORCEMENT DE LOI ET L'ORDRE

«Les gens honnêtes qui ne commettent pas de crimes et qui travaillent veulent vivre dans un climat de paix sociale et ils veulent que ceux qui sont malhonnêtes se fassent arrêter.»

SUR LE CHEF DU SPVM, YVAN DELORME

«Il a la confiance de ses patrons -- les élus de la Ville de Montréal -- et du ministre de la Sécurité publique.

Il fait un bon travail.»

SUR LA PERTINENCE D'UNE ENQUÊTE INDÉPENDANTE

«Même si on créait demain matin un organisme indépendant, il faudrait des policiers pour mener l'enquête, parce que ce sont eux qui ont l'expertise.»

SUR LE FAIT QUE LES POLICIERS AU CENTRE DE LA FUSILLADE N'ONT PAS ENCORE ÉTÉ INTERROGÉS PAR LA SQ

«Il y a toujours une stratégie dans une enquête policière. Je ne suis pas la police. C'est leur enquête et je ne me mêlerai pas de leurs affaires.»

SUR LES CITOYENS QUI CRAIGNENT LES POLICIERS

«Si ce sont des bandits, ils ont raison. Si ce n'est pas le cas, ils n'ont rien à craindre. Mais ça prouve qu'il y a des efforts à faire pour se rapprocher de

la population.»

SUR L'EFFICACITÉ DU SPVM DANS LA LUTTE CONTRE LES GANGS DE RUE

«Il y a des gens qui disent que l'escouade Éclipse est trop présente et fait trop de descentes et d'interventions, et il y en a qui disent qu'il n'y a pas assez de lutte contre les gangs de rue.»

SUR LE PROFILAGE RACIAL

«C'est inacceptable et les le savent.»

SUR LE PORT DU JEANS PAR LES POLICIERS ANTIÉMEUTE

«Quand ça n'affecte pas la sécurité de la population, je ne m'occupe pas de ça.»

EXTRAITS DE L'ENTREVUE ACCORDÉE AU JOURNAL PAR LE MINISTRE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE, JACQUES DUPUIS


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