Enquête publique

Fabrice de Pierrebourg
Le Journal de Montréal

Trente mois après que Mohamed- Anas Bennis eut été abattu par un policier du SPVM, l'annonce-surprise par la coroner en chef de la tenue d'une enquête publique sur sa mort réjouit ses proches, mais met en furie les policiers.

C'est la coroner Catherine Rudel-Tessier qui sera chargée de «faire toute la lumière» sur ce dossier nébuleux, a-t-on appris hier.

«Nous sommes bien heureux, même si c'est dommage que cela ait pris autant de temps», a commenté Najlaa Bennis, la sœur du disparu, lors d'une entrevue au Journal de Montréal.

Mohamed-Anas Bennis, âgé de 25 ans, avait été abattu de deux balles tirées dans le thorax et l'abdomen, le 1er décembre 2005, dans le quartier Côte-des- Neiges.

Il venait de quitter, en costume traditionnel, une mosquée «clandestine» de la rue Kent lorsque le drame était survenu.

Reliée au mouvement Tabligh, cette mosquée était située au sous-sol d'un immeuble mitoyen d'un duplex où avait lieu une perquisition.

Baptisée «Opération Glory», celle-ci avait été reliée initialement à une enquête de nature terroriste.

Les deux policiers du poste de quartier impliqués dans le décès étaient chargés de surveiller le secteur pendant l'opération.

Circonstances

Le premier rapport du coroner Rafael Ayllon, daté du 31 janvier 2006, décrivait ainsi les circonstances du décès:

«Les deux policiers marchaient sur le trottoir [...] lorsque monsieur Bennis s'est dirigé dans leur direction et en arrivant à cette hauteur un des policiers a été poignardé par monsieur dans le cou et à la jambe droite sans motif connu. L'agent a tiré sur lui avec son revolver et l'individu est tombé par terre.» En novembre 2006, à la suite de l'enquête de la police de Québec, le substitut du procureur de Rimouski fermait le dossier.

Depuis, la famille du disparu a remué ciel et terre pour «connaître la vérité».

La Fraternité des policiers de Montréal ne cache pas sa désapprobation devant cet ultime rebondissement.

«Ça n'a pas de bon sens, tonne Yves Francoeur, son président. C'est un acharnement pur et simple. On va gaspiller des fonds publics pour une histoire claire.»

Se disant «confiant» pour la suite des choses, il rappelle que le Comité de déontologie policière a récemment statué que les policiers, «victimes d'une agression soudaine», avaient «bien fait leur travail».


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