Soyez encore plus accommodants

Rapport Bouchard-Taylor - Soyez encore plus accommodants

Les commissaires Charles Taylor et Gérard BouchardPhoto Le Journal

Valérie Dufour
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 23-05-2008 | 10h19

Non au crucifix à l'Assemblée nationale. Mais oui aux accommodements raisonnables, aux congés religieux non chrétiens, au respect des interdits alimentaires, au port du hijab ou de tout symbole religieux ostentatoire. «Le temps est au compromis, à la négociation d'équilibres», plaident Gérard Bouchard et Charles Taylor dans leur rapport déposé hier.

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Les commissaires y vont d'un long plaidoyer sur la nécessité d'apprendre à vivre ensemble. Et ils demandent à la majorité canadienne-française de mettre au rancart ses craintes identitaires, car la survie du seul peuple francophone d'Amérique n'est pas en péril.

«S'abandonner à ce genre d'inquiétude, ce serait créer des conditions favorables à l'émergence de nouvelles solitudes, au repli de chacun et à l'appauvrissement de tous», écrivent-ils dans le document de 307 pages intitulé Fonder l'avenir; le temps de la conciliation.

Notons que les extraits publiés depuis samedi dans The Gazette, puis dans Le Journal de Montréal, sont conformes en tout point avec le rapport final. Une grande portion du rapport sert ainsi à dire aux Québécois de souche de mieux traiter les minorités de la province.

Pas de crise

Cinglant à l'égard des médias, le document soutient qu'il n'y a pas eu de véritable crise des accommodements raisonnables, que la législation actuelle est efficace et que l'interculturalisme comme modèle d'intégration, malgré ses ratés, fonctionne bien.

Au nom du principe de neutralité de l'État, les commissaires demandent l'interdiction du port de symboles religieux comme la kippa, le hijab et la croix pour les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison et le président et les vice- présidents de l'Assemblée nationale.

Les commissaires veulent également que Québec retire le crucifix qui est au-dessus du président de l'Assemblée nationale pour le replacer dans l'Hôtel du Parlement, «à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale».

Ce principe s'arrête cependant à ces agents de l'État et le port de symboles sera permis pour tous les autres fonctionnaires, comme les enseignants et les infirmières. Par souci d'équité, on suggère également l'octroi de congés religieux aux gens qui ne sont pas catholiques ou protestants.

Trop ?

MM. Bouchard et Taylor concluent tout de même que les nouveaux arrivants doivent se plier aux règles fondamentales de notre société dont le principe de l'égalité homme-femme, la mixité et la séparation de l'État et du pouvoir religieux.

Est-ce que ce rapport en demande plus aux Québécois de souche qu'aux gens des minorités ? «Un régime de laïcité est élaboré pour l'ensemble des citoyens. Porter des signes religieux à l'école, par exemple, c'est permis pour tous les Québécois et pas seulement aux musulmans», répond Gérard Bouchard.

La commission Bouchard-Taylor aura finalement coûté 3,6 M$, soit 1,4 M$ de moins que prévu au budget.

LES PRINCIPALES RECOMMANDATIONS DU RAPPORT

  • Promouvoir les valeurs publiques communes comme l'égalité homme-femme.

  • Retirer le crucifix au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale et le replacer dans l'Hôtel du Parlement.

  • Interdire le port de signes religieux par les magistrats, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison, le président et les vice-présidents de l'Assemblée nationale.

  • Autoriser le port des symboles religieux pour les autres fonctionnaires, comme les enseignantes et les infirmières.

  • Abandonner la prière avant les conseils municipaux.

  • Encourager les employeurs à accorder des congés religieux payés.

  • Créer un office d'harmonisation interculturelle pour informer les citoyens sur les vertus du compromis.

  • Mettre sur pied un comité d'enquête indépendant pour examiner les pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance des diplômes étrangers.

  • Hausser le financement aux organismes qui offrent des services aux immigrants.

  • Encourager les immigrants à s'installer en régions, notamment à Québec.


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