«Le SCRS a perdu son temps»

Fabrice De Pierrebourg
Journal de Montréal

«Le SCRS a perdu son temps, son énergie et beaucoup d'argent en nous surveillant», estime Amir Khadir.

Le porte-parole de Québec solidaire ne semblait pas se formaliser lorsque le Journal lui a révélé qu'il était dans la mire du SCRS.

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«Martin Luther King, Nelson Mandela, René Lévesque ont tous été placés sous étroite surveillance, dit-il avec une pointe d'ironie. [...] Les gens du renseignement sont mal renseignés, connaissent peu les pays en cause et sont victimes des jeux de propagande.»

Amir Khadir confirme qu'il était «très impliqué» dans les années 1980. «J'étais le principal animateur de ces opposants au régime des mollahs», dit-il.

Pour remettre les événements dans leur contexte, Amir Khadir explique que peu après son accession au pouvoir en 1979, l'ayatollah Khomeiny a mené une répression féroce contre l'OMPI.

Il y a eu aussi l'occupation de l'ambassade américaine à Téhéran qui a donné lieu à un «froid» entre l'Iran et le Canada. Tout ça parce que le Canada avait aidé des diplomates américains à fuir.

«Nous n'avions donc aucune raison de croire que le Canada s'inquiétait de ce que l'on faisait», dit-il.

Amir Khadir ajoute que le SCRS et la SQ venaient même rencontrer son père pour lui «demander son avis», «s'assurer que personne n'abuse de ses propriétés».

Pas des terroristes

Selon lui, l'OMPI a toujours fait les frais des aléas diplomatiques entre l'Iran et l'Occident. «Bill Clinton les a placés sur la liste des groupes terroristes en 1997 pour faire plaisir au nouveau président iranien réputé modéré, déplore Amir Khadir. Les moudjahidines n'ont rien de terroristes, mais ils font les frais de ce genre de diplomatie.»

Maintenant que l'Iran a une image de gros méchant, ajoute-t-il en substance, l'OMPI va peut-être sortir de sa disgrâce.

Amir Khadir dit avoir pris ses distances avec le mouvement dans le milieu des années 1980 parce qu'il était en désaccord avec son «virage autocratique» et le recours à la violence. Il s'est montré plus critique après l'attaque de l'ambassade d'Iran à Ottawa.

«Ça m'a valu d'être honni et banni», dit-il. Malgré cela, le docteur Khadir estime que l'OMPI a «le droit à un traitement juste».

Qui sont-ils??

  • Moudjahidin: En arabe, un moudjahidin veut dire combattant, ou résistant, avec une dimension religieuse. Plusieurs mouvements ont récupéré ce terme, entre autres en Afghanistan pendant la guerre contre les Soviétiques, en Bosnie dans les années 1990 et actuellement en Irak.

  • Mollahs: Ce sont des membres du clergé chiite. L'ayatollah est le plus élevé dans leur hiérarchie.

  • Ayatollah Khomeiny: Religieux chiite qui a pris le pouvoir en Iran en 1979 après la chute du shah.

  • Ayatollah Mohammad Khatani: Considéré comme un modéré, il a pris le pouvoir en 1997 et jusqu'en 2005. Il est remplacé par le bouillant Mahmoud Ahmadinejab, encore en poste aujourd'hui.


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