«La société d'accueil a le droit de se poser des questions et c'est aux nouveaux arrivants de les rassurer, a signalé d'emblée Sakina Elazizi, une musulmane de la Rive-Sud. La majorité des accommodements religieux desservent les minorités qui les demandent et la majorité qui les subit.»
Ils étaient 175 hier soir - dont une bonne proportion de minorités visibles - réunis dans une grande salle de Longueuil normalement dévolue à des séances de bingo. Des dizaines de mains se sont levées dès que le débat a été lancé.
«Le port d'un symbole ou d'un signe religieux, ça reflète la société québécoise multiethnique. Il faut l'accepter. Il n'y a pas un modèle unique de Québécois [...] Pourquoi nier cette différence? pourquoi avoir peur?», a lancé Soumaya Ben Letaifa, chargée de cours à l'UQAM.
Ses commentaires ont été chaudement applaudis avant de se transformer en huées lorsque Mme Ben Letaifa a suggéré aux babyboomers de «laisser les jeunes décider de notre avenir» car ils sont plus ouverts à la différence.
Décisions maladroites
«Du turban au kirpan en passant par les vitres givrées, il y a eu des décisions maladroites prises au cas par cas motivées par le bon voisinage pour par l'application bébête de la Charte des droits. Je dénonce avec vigueur ces décisions et je n'en veux plus», a soutenu Serve Longval, sous une salve d'applaudissements.
«Une personne qui ne veut pas que sa femme enceinte se fasse ausculter par un médecin masculin [...], c'est bien dommage, mais je lui dis qu'il existe des pays raisonnables pour des demandes comme celles-là», a indiqué Rabah Kadache en proposant qu'on annexe une charte des devoirs à la Charte des droits.
Bertrand Lavoie, un citoyen de Verchères, a raconté un accrochage qu'il avait eu l'été dernier avec des sympathisants néonazis. «Un de mes amis était noir et il y a un des gars qui lui a fait un salut nazi et qui la dit: Je te déclare la guerre, tu n'es pas chez toi ici. C'était d'une violence inouïe. Pour moi, le racisme fait plus peur que le voile.»
Les débats enflammés ont inspiré cette réflexion de Gérard Bouchard à la fin de la soirée: «C'est ce malheureux kirpan qui a mis le feu et la maison est en train d'y passer.»