Qui aurait peur d'être soigné en France? Pourtant, tous les gens à qui Isabelle Mondou s'est adressée pour que son diplôme français soit reconnu au Québec se sont efforcés de lui faire comprendre que ça n'arriverait pas.
Mme Mondou n'est pas amère. «C'est moi qui suis venue ici, on n'est pas venu me chercher. J'assume mon choix. Par contre, il est vrai que je me pose la question à savoir si l'intérêt de la société québécoise est bien servi.»
Aujourd'hui coordonnatrice de recherche en santé publique à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Mme Mondou a obtenu son diplôme de médecine en France en juin 1997. Elle y a pratiqué environ six mois avant de suivre son mari, transféré au Québec.
«Chaque fois que je rencontrais quelqu'un qui aurait pu me faire progresser, c'était une expérience désagréable, raconte-t-elle. On essayait de me décourager.»
Manque de respect
Comme elle ne devait à l'origine rester au Québec que 18 mois, elle n'y a pas mis plus d'efforts que nécessaire et s'est plutôt inscrite à l'université dans un cours de bioéthique. D'un prolongement de mandat à l'autre, Mme Mondou et son mari étaient au Québec depuis 4 ans quand ils ont choisi de s'installer pour de bon. Les nouvelles démarches entreprises alors n'ont pas été plus fructueuses.
«C'est certain que l'on ne devrait pas accepter les médecins étrangers tels quels, concède-t-elle. Les systèmes de santé sont différents, il doit y avoir une mise à jour. J'aurais simplement aimé sentir qu'on me respectait, qu'on respectait ma formation. Je me suis même fait traiter d'espèce de médecin quelque part où j'appliquais pour un stage.»
Une seule fois, de la part de gens à l'immigration, Mme Mondou a senti un soupçon d'empathie. C'était il y a quatre ans, lors de sa dernière tentative. «Mais encore là, on a fini par me recommander d'aller faire un cours d'infirmière pour utiliser au moins une partie de mes capacités.»