On est tous pour la protection de l'environnement, surtout quand les dégâts surviennent dans notre cour arrière.
La bonne nouvelle avec toutes ces algues toxiques qui envahissent les lacs et rivières du Québec, c'est qu'elles touchent à la cour de bien des gens.
Les écologistes ne le diront jamais ouvertement, mais en privé, plusieurs se réjouissent des éclosions de cyanobactéries qui ont frappé les lacs cet été : «C'est comme un choc électrique. Ça ouvre les yeux à bien du monde et ça devient une priorité au gouvernement», confie un environnementaliste.
La didymo, vous connaissez ? Comme le révélait Le Journal de Montréal cette semaine, cette algue aussi sexy qu'une tonne de papier de toilette mouillé est apparue cet été sur deux de nos plus belles rivières à saumon.
Si on se fie à la Nouvelle-Zélande, on n'est pas sortis du bois. La didymo a infesté là-bas 22 rivières en deux ans. Ce n'est rien comparé à l'épidémie sans précédent d'algues bleues, qui a frappé un nombre record de 71 lacs du Québec en 2006.
Cette invasion de sales bestioles a allumé un signal d'alarme au gouvernement Charest.
Le ministre Claude Béchard a eu l'air désinvolte la semaine dernière, à Tout le monde en parle, en déclarant que la dégradation dramatique des lacs du Québec devenait la responsabilité des citoyens. Comme si le gouvernement pouvait s'en laver les mains.
Dans les faits, Québec bouge -- aussi vite qu'un escargot, déplorent certains -- pour venir à la rescousse du million de lacs que compte la province. Le gouvernement Charest vient de mobiliser un comité regroupant plusieurs ministères pour sauver ce «trésor national».
Alerte bleue
La multiplication des algues bleues a de quoi inquiéter. On ne parle pas ici d'une «bibitte» inoffensive. Les toxines libérées par ces fameuses cyanobactéries peuvent causer des dommages irréparables au foie ou au système nerveux.
Les résidants qui vivent autour des 71 lacs malades vous le diront : dès qu'une algue bleue fait son apparition, il n'est plus question de mettre le petit orteil dans le lac, de prendre sa douche, de faire le lavage ou encore moins de boire l'eau du lac, même traitée ou bouillie. L'état d'alerte peut durer des semaines.
Au-delà des risques pour la santé publique, le gouvernement craint l'effondrement économique des régions qui se sont construites autour des lacs. Des propriétaires d'auberges, de campings et de restaurants ont commencé à souffrir.
Les riverains, eux, ont peur à juste titre de voir chuter la valeur de leurs maisons. Certains redoutent même le jour où la présence de cyanobactéries deviendra un motif de poursuites pour vice caché lors de la vente d'une maison.
La bonne nouvelle, encore une fois, c'est que certains plans d'eau mal en point, comme le lac Mercier à Mont-Tremblant, le lac Massawippi ou le lac Memphrémagog dans les Cantons-de-l'Est, comptent sur leurs rives les gens les plus riches et influents du Québec. Ça peut aider à sensibiliser le gouvernement, disons.
Délinquants impunis
Les causes de l'agonie des lacs sont bien connues. Fosses septiques mal entretenues. Coupes d'arbres qui endommagent les rives. Motomarines et gros bateaux. Arrivée massive des gens de la ville à la campagne. Réchauffement du climat.
Omniprésence de la pelouse. Ruissellement d'engrais dans les lacs entourés de terres agricoles. Ils font quoi, les engrais ? Eh oui, ils font pousser les plantes. Comme les algues bleues, par exemple.
La construction anarchique, à l'intérieur de la bande riveraine protégée de 10 mètres, cause aussi des ravages. Les municipalités ont tendance à fermer les yeux parce qu'une grosse cabane d'un million sur le bord d'un lac, ça rapporte de belles taxes.
Le ministère de l'Environnement, lui, n'hésite pas à tenir tête aux gros entrepreneurs qui veulent construire des châteaux dans des milieux humides protégés par la loi. On apprenait hier que 50 projets d'une valeur totale de 50 millions sont bloqués à Laval.
Ceux qui croient à la protection de l'environnement diront que c'est bon signe.