Les grands patrons canadiens et québécois ont connu une très bonne année 2005, raflant en moyenne autour de 252 fois le salaire moyen du travailleur québécois.
Les 100 présidents et chefs de la direction les mieux payés au Canada ont empoché une moyenne d'un peu plus de 9 M$ l'année dernière, salaire, bonus et gains sur options compris, a calculé Le Journal de Montréal à partir des données d'une étude réalisée et publiée par The Globe and Mail sur la rémunération des chefs d'entreprises canadiennes cotées à la Bourse.
Le salaire moyen du travailleur québécois, heures supplémentaires incluses, a atteint 35 781 $ en 2005, selon Statistique Canada.
Le premier Québécois du classement, André Desmarais, de Power Corporation, figure au huitième rang canadien, avec 18,8 M$ et un multiple de 525,4.
Son frère Paul Jr. le suit de près avec 13,9 M$ et un différentiel de 385,7.
Alain Bouchard, de Couche-Tard, se pointe au 3e échelon québécois et au 17e rang canadien avec ses 12,1 M$ et un différentiel de 338,2.
Au total, 32 Canadiens, dont 3 Québécois, ont gagné plus que le multiple canadien moyen de 252 en 2005.
Les américains
Selon l'Economy Policy Institute (EPI), les 350 patrons américains le plus avantagés ont reçu un peu plus et empoché en moyenne 262 fois le salaire moyen de leurs employés (41 861 $ US), l'année dernière.
C'est donc dire qu'ils ont mis un peu moins de l'équivalent d'une journée de travail (260 dans l'année) pour rafler la rétribution annuelle du salarié moyen, note l'EPI.
Le multiple de 262 est le plus élevé depuis le sommet de 300 atteint à la fin de la bulle Internet, en 2000, et il se compare à des différentiels de 24 en 1965, de 35 en 1978 et de 71 en 1989, ajoute l'étude de l'EPI.
À partir du classement 2005 réalisé par Forbes, le Journal a établi que 126 chefs de la direction d'entreprises américaines publiques ont gagné davantage que le multiple moyen américain de 262.
Le champion toutes catégories est le patron de Yahoo, Terry S. Semel, qui a tiré 5 507 fois plus que le salarié moyen avec un astronomique 290,5 M$ US.
Les programmes d'options
Ce sont évidemment les très discutés programmes d'options qui ont encore une fois gonflé la rémunération des grands patrons.
André Desmarais a réalisé 16,7 M$ de gains avec ses options sur son revenu total de 18,8 M$. Alain Bouchard a gagné 10,8 M$ avec ses options, sur un total de 12,1 M$.
Les tenants de ces programmes soutiennent qu'ils incitent à la performance et profitent ultimement aux actionnaires des sociétés.
Étude en main, le plus important fonds de retraite canadien, Teachers, soutient que ce n'est pas tout à fait vrai.
L'étude a tenu compte des résultats de 65 sociétés inscrites à la Bourse S&P/TSX pour les années 2001 à 2003, du comportement du titre depuis 1995 et de la rémunération de leurs hauts dirigeants.
Résultat: il n'y a pas de lien direct entre les programmes d'options des sociétés et la performance boursière de leur titre, et les intentions de mieux arrimer la paie des patrons au vrai bilan des entreprises n'ont pas encore porté leurs fruits.