Le taux de grossesse chez les ados deux fois plus élevé qu'ailleurs en région, au centre-ville de Québec, a sonné l'urgence d'agir et mené à un programme innovateur d'éducation à la sexualité faisant appel à l'esprit critique des jeunes.
Lunettes sur le bout du nez, gants dans les mains, guimauve dans la bouche, une quinzaine de jeunes adolescents tentent d'enfiler des condoms sur de faux pénis. Le but: démontrer aux jeunes que même si on sait qu'il existe des moyens de contraception, il peut être difficile de les mettre en application avec un verre dans le nez ou après avoir consommé de la drogue.
Dans la classe à côté, un autre groupe de jeunes discute des réactions possibles devant une amie en état d'ébriété qui se dévêt dans la cuisine, en plein party.
Ce ne sont là que quelques-unes des mises en situation qui sont utilisées dans le contexte de ce programme d'éducation à la sexualité fondée sur le pouvoir d'agir et de réfléchir (E.S.P.A.R.). Le tout est destiné aux jeunes de 1re et 2e secondaire et a été expérimenté, jusqu'ici, dans sept écoles secondaires de Québec. Les sujets abordés vont de l'agression sexuelle à l'éveil amoureux, l'orientation sexuelle et l'image corporelle.
«Nos programmes d'éducation à la sexualité étaient très vieillots et dataient de 10 à 15 ans, il était plus que temps de les rafraîchir», estime Nathalie Ringuette, enseignante et sexologue à la polyvalente de Vanier. Cette dernière remarque la spontanéité avec laquelle les jeunes embarquent, même dans les groupes les plus difficiles.
Mme Ringuette rappelle que, en plus du taux de grossesse élevé chez les adolescentes du centre-ville, les jeunes du centre-ville ont beaucoup entendu parler du Wolf-Pack, du réseau de prostitution juvénile. «Ils se font offrir de l'alcool, des drogues, ils font connaissance avec le cybersexe, il fallait s'ajuster.»
«L'idée, c'est de les faire réagir lorsqu'ils seront confrontés à de vraies situations», signale la Dre Édith Guilbert, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de Québec.
Moins subtil
Et ça semble fonctionner. Depuis son implantation, en 2001, dans plus de 20 classes, l'esprit critique des participants a fait beaucoup de progrès. Une dizaine de professeurs ont été formés, ce qui a demandé 100 000 $ d'investissements à la Commission scolaire de la Capitale.
«Les indicateurs sont tous positifs», signale Mme Guilbert.
«Le message est moins subtil, plus efficace et plus intéressant, considère Marie-Jeanne Beaulé, 13 ans.
«Ça nous sert vraiment dans la vie», renchérit Mathieu Romano, 15 ans. «Les profs ont eu la formation, ils ont été payés pour ça, et ils sont meilleurs que nos parents pour nous en parler», ajoute Michaël Naud.
Le programme devrait être exporté dans les autres régions du Québec puisqu'il sera présenté, au cours des deux prochaines années, dans plusieurs commissions scolaires.
Chiffres alarmants
Taux de grossesse chez les 15 à 19 ans, région de la Capitale-Nationale:
En 1986: 20,6 pour 1000 femmes
En 1994: 30,4 pour 1000 femmes
De 1998 à 2000: moyenne de 31 pour 1000 femmes
De 2000 à 2005: réduction des naissances chez les 15 à 19 ans, et réduction des interruptions volontaires de grossesse chez les moins de 18 ans. Les raisons de cette diminution demeurent, pour l'instant, méconnues.
Taux de grossesse chez les 15 à 19 ans, secteur Québec-Centre (centre-ville de Québec):
En 1986: 43,7 pour 1000 femmes
En 1994: 74,4 pour 1000 femmes
De 1998 à 2000: 56,8 pour 1000 femmes