Un sou par ici, dix sous par là, croyez-le ou non, les Canadiens auraient déposé 100 millions de dollars dans les tirelires de charité en 2000.
Ce chiffre éloquent figure dans l'Enquête nationale sur le don, bénévolat et la participation menée par Statistique Canada. On indique toutefois que cette somme ne représente que 2% des cinq milliards de dollars offerts par les Canadiens cette année-là aux organismes de bienfaisance.
Et cela n'inclut pas l'argent volatilisé dans les tirelires des organismes «bidon», un fléau à Montréal, comme le démontrait samedi une enquête du Journal.
Alors, payantes ou pas, les tirelires?
Pas vraiment, sauf à la rigueur pour les grandes causes et en ayant recours à des bénévoles, estime André Verret du Centre québécois de philanthropie.
Sentiments partagés
Les organismes interrogés par le Journal sont partagés. Pour Louis Côté, directeur général d'Opération Enfants Soleil, une tirelire rapporte surtout pour la visibilité. «Ça expose notre cause», dit-il.
Pour cet organisme, les plus rentables sont celles placées dans les écoles et les garderies. «En un an, les tirelires placées dans 239 établissements ont rapporté 278 500 $.» L'équivalent de 2,1 % des gains du Téléthon, précise M. Côté.
Bob White, de WESA, parle lui aussi d'un outil de conscientisation: «La plupart de nos tirelires sont perdues ou volées. Au mieux, les autres rapportent à peine 4 $», déplore-t-il, ajoutant qu'il est difficile de lutter contre les majors de la charité.
Chez Rêve d'Enfants Québec, Julie Moffet ne semble pas vraiment emballée par ce type de financement: «On les utilise de temps en temps pour de petites collectes locales. Mais c'est très cher. Le rapport dépenses/gains est peu favorable.»
Blaise Lemay, vice-président de MIRA, estime la rentabilité «intéressante» tant que ce sont des bénévoles qui s'en occupent de A à Z. Ses tirelires métalliques (de grosses canettes) coûtent 50 cents chacune à l'achat et ne rapportent que de 3 $ à 15 $ par mois, dit-il.
À la Croix-Rouge canadienne, section Québec, la tirelire n'est plus le moyen privilégié pour amasser des fonds, sauf lors de crises, de catastrophes. Là encore, parce que les troubles sont plus importants que les résultats.
Les fidèles
Le plus fidèle utilisateur de la tirelire demeure l'Oratoire Saint-Joseph. «Ces banques ont fait leur apparition en 1940 quelques années après le décès du frère André», relate le père Jean-Guy Vincent, vice-recteur à la pastorale. Aujourd'hui, il y en aurait 2 500 placées dans les commerces et 2 000 chez des particuliers. Les fonds sont destinés à L'oeuvre du frère André (Pastorale). Et parce que les petits ruisseaux font les grandes rivières, pas question de les supprimer: «À coups de sous, ça paraît pas beaucoup, mais pour nous, c'est important...»
Quant à l'UNICEF, ses célèbres tirelires en carton de l'Halloween ont rapporté 3 M$ en 2005.
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