Mes hommages, madame

Joseph Facal - Mes hommages, madame

Journal de Montréal

Depuis hier, les hommages pleuvent sur Pauline Marois, tous parfaitement mérités. Hillary Clinton est perçue comme ayant une chance raisonnable de devenir présidente des États-Unis sans avoir le tiers de ses réalisations. Mais ceux qui ont eu le bonheur de travailler avec elle savent aussi tout ce que ne dit pas cette exceptionnelle feuille de route.

Pauline Marois est donc partie comme elle a toujours cheminé: avec élégance, simplicité et droiture. Triste, mais prévisible, tout le sens de son geste tenait en une phrase: le coeur n'y était plus. En politique, quand la passion n'y est plus, il est rigoureusement impossible de faire du bon travail. On se demande effectivement quelle nouvelle source de motivation elle aurait pu trouver.

Ceux qui ne l'ont pas connue de près ne peuvent comprendre l'immense satisfaction que l'on peut ressentir à travailler avec cette femme. Ce qui ne ressort pas assez dans le concert de louanges entendu depuis hier, c'est à quel point cette femme vous donne le sentiment qu'elle prend réellement en considération ce que vous lui dites avant de se décider. Cette femme se nourrit véritablement de son entourage, qui se sent ainsi valorisé et veut ensuite faire encore mieux. C'est une autre forme de leadership, dont je suis incapable de dire s'il est, oui ou non, plus caractéristique des femmes.

J'ai déjà entendu Pauline Marois dire qu'elle n'hésitait pas à s'entourer de gens plus forts qu'elle sur des aspects particuliers. Il faut être singulièrement solide et bien dans sa peau pour ne pas craindre qu'ils vous portent ombrage ou se sentir obligée de leur faire la leçon pour se grandir à leurs dépens.

Jamais en tout cas, je n'ai vu une personne plus éloignée de l'image que la population s'est faite d'elle.

La politique est un univers où les vraies amitiés sont rares. Habituellement, les gens collaborent ensemble par nécessité et par intérêt partagé. Un cynique m'a même déjà dit que si je voulais un ami politique véritable, je devais me procurer un chien.

C'est une exagération bien sûr, mais il est vrai que la politique a fait voler en éclats bien des complicités. Je n'arrive pourtant pas à penser à quelqu'un qui entretient envers elle une rancoeur que le temps n'effacera pas.

Une énigme

La plus grande énigme concernant Pauline Marois aura été de savoir jusqu'à quel point être femme lui aura nui. On ne pourra jamais vraiment trancher cette question. On nous brandit des sondages selon lesquels l'immense majorité des Québécois n'aurait aucune difficulté avec l'idée d'une femme aux commandes de l'État. Mais les gens à qui on pose cette question savent quelle est la réponse correcte à donner. C'est un peu comme si on leur demandait s'ils sont racistes.

Chose certaine, le regard porté sur l'homme et la femme en politique n'est pas le même. On n'entend pas les mêmes commentaires sur l'apparence physique ou les tenues vestimentaires des hommes. Il serait inconcevable qu'une femme politique sorte un soir et prenne un coup comme one of the boys. Et si elle pique une colère, elle devra être froide et contrôlée sous peine de passer pour une hystérique.

Nous devrions aussi méditer sur le fait que la politique est à ma connaissance le seul domaine dans lequel l'expérience finit par se retourner contre vous.

Si je veux me faire opérer ou me faire construire une maison ou que mes droits soient défendus devant un tribunal, l'expérience sera un atout décisif. Mais cela s'explique facilement: comme la politique est perçue, à tort, comme un milieu corrompu d'un bout à l'autre, on s'imagine que ceux et celles qui sont là depuis longtemps en ont pris tous les mauvais plis.

C'est faux de bout en bout dans le cas de Pauline Marois. Cette femme aura été tout simplement admirable.


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