Le Québec doit se préparer au pire et pourrait bien ressembler à Houston d'ici quelques années, soutiennent les experts consultés par le Journal.
«On a juste dix ans de retard sur les Américains. C'est un phénomène mondial et on n'y échappe pas», prévient Paul Boisvert, coordonnateur des activités éducatives de la Chaire sur l'obésité à l'Université Laval.
«Chez les baby-boomers, les taux d'obésité sont déjà semblables à ceux qu'on retrouve dans la population adulte aux États-Unis avec 70% d'embonpoint et d'obésité.»
Selon Statistique Canada, 56 % des Québécois souffrent d'embonpoint et d'obésité. Depuis 1979, le taux d'obésité a triplé chez les moins de 18 ans.
Génération d'obèses
«On a échappé une génération. Depuis quinze ans, la nutrition a été négligée au Québec», lance Lyne Mongeau de l'Institut national de santé publique du Québec.
Ce sont les personnes les moins instruites qui ont écopé. Ainsi, on retrouve deux fois plus d'obèses chez les personnes sans diplôme que chez ceux qui ont un diplôme universitaire.
La solution pour renverser la tendance n'est toutefois pas simple. Pour la région de Montréal, la solution passe par le transport en commun, croit le Dr Richard Lessard.
«Si les gens marchent jusqu'au métro, plutôt que prendre la voiture, c'est beaucoup mieux. C'est peu de calories par jour, mais au bout de 25 ans, ça peut vouloir dire 25 à 50 livres en moins», explique-t-il.
Taxer les boissons gazeuses?
Les habitudes alimentaires doivent aussi changer. Il propose rien de moins que de taxer les boissons gazeuses et détaxer l'eau embouteillée.
«Même chose pour la publicité. Si on mange tout ce qu'on nous annonce à la télévision, on va bientôt ressembler aux Américains», soutient-il.
Pour Lyne Mongeau, il faut une implication commune de tous les dirigeants.
«Par exemple, si on offre juste de la poutine à l'aréna local, la Ville peut changer ça, en variant le menu. Les ministères doivent aussi s'impliquer chacun à leur manière, pas juste le ministère de la Santé», dit-elle.
Paul Boisvert a lui aussi sa liste de solutions, mais il croit que les gens doivent d'abord être sensibilisés davantage.
«Dans mes cours en médecine, quand je leur dis qu'on est 10 à 15 ans derrière les États-Unis pour ce qui est de l'obésité, ils partent à rire. On a encore du chemin à faire», conclut-il.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les maladies respiratoires liées à l'obésité ont triplé au Québec. Les maladies cardiaques et le diabète, eux, ont doublé.
---
Quelques pistes de solution
Limiter l'écoute de la télévision à deux heures par jour
Taxer davantage les boissons gazeuses et détaxer l'eau
Bannir les fritures et la charcuterie de la cafétéria des écoles
Déjeuner tous les matins
Faire de l'exercice tous les jours
Consommer au moins cinq fruits et légumes quotidiennement
Élaborer une nouvelle politique alimentaire pour le Québec
Favoriser le transport en commun et limiter le développement des infrastructures routières
Mettre en place des conventions internationales comme dans le cas du tabagisme
Sources: Paul Boisvert (Chaire sur l'obésité de l'Université Laval), Lyne Mongeau (INSPQ) et Dr Richard Lessard (Direction de la santé publique de Montréal).
---
Le Québec versus Houston
Obésité 21,8 % 24,7 %
Embonpoint 34,5 % 42 %
Obésité morbide 2,7 % 5,1 %
Chirurgies bariatriques 554 3 000
Diabète 2,2 % 7,2 %
Sources : Statistique Canada (Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes 2004), Center for disease control (Behavioral risk factor surveillance system 2004) et Texas Medical Center.
--Les données compilées par le CDC le sont par entrevues téléphoniques alors que celles de Statistique Canada proviennent d'examens physiques. Le poids est davantage sous-estimé lors d'entrevues téléphoniques et la marge d'erreur est plus grande.
eylemay@journalmtl.com