Pas demain la veille!

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Même si les écoles de Finlande font rêver les parents d'ici, le Québec ne peut pas se permettre de les imiter, estime le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier.

«Le Québec et la Finlande sont deux sociétés très différentes, fait valoir son attachée de presse, Marie-Claude Lavigne. Là-bas, par exemple, le taux d'immigration est très faible», souligne-t-elle.

Selon Mme Lavigne, le modèle de la Finlande a inspiré «l'esprit» de la réforme que l'on tente d'implanter dans les écoles du Québec. «Mais dans son application, ce ne serait pas possible», dit-elle.

«Nous ne pouvons pas faire les mêmes choix que les Finlandais, car on ne vient pas de la même culture», ajoute-t-elle.

Il n'est donc pas question de remettre en cause l'existence des commissions scolaires, par exemple, même si leur abolition, en Finlande, a permis d'améliorer la réussite des élèves...

«Des modèles à suivre...»

Au cours des derniers jours, le Journal a publié une série d'articles qui révélaient les secrets des écoles finlandaises, celles qui produisent les meilleurs élèves de la planète, selon l'OCDE.

Ce reportage a suscité de nombreuses réactions chez nos lecteurs, qui ont souvent proposé que la recette finlandaise soit une source d'inspiration pour le Québec.

À la Fédération des commissions scolaires, la vice-présidente, Josée Bouchard, n'est pas contre cette idée. «Les pays nordiques sont des modèles à suivre», dit-elle.

À son avis, cependant, l'abolition des gouvernements scolaires ne servirait pas la cause des écoles québécoises. «Je ne peux pas être d'accord avec ça, lance-t-elle. Ici, c'est bien plus l'existence du réseau privé qui nuit à la réussite des élèves.»

En sol finlandais, le réseau privé n'existe pratiquement pas. «Je suis convaincue que c'est aussi vers quoi on devrait se diriger», estime Josée Bouchard.

Le pouvoir aux directeurs!

Malgré les réticences de leurs patrons, les directeurs d'écoles croient que le Québec gagnerait à remettre «le pouvoir de dépenser» entre leurs mains, comme c'est le cas en Finlande.

«Plus les décisions sont prises près du lieu de l'action, plus on a de chances d'être performants», plaide le président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissements d'enseignement, Serge Morin.

Le taux de décrochage des jeunes Finlandais est actuellement 100 fois moins élevé que celui de leurs vis-à-vis québécois.

«Je pense que c'est une belle démonstration, dit M. Morin. Avec la réforme, on était sensé s'inspirer d'un modèle comme celui-là, mais dans les faits, le portrait n'a pas vraiment changé», déplore-t-il.

Diane Miron, de la Fédération des comités de parents, juge elle aussi que la décentralisation des pouvoirs vers les écoles mérite d'être explorée.

«Je ne dis pas qu'il faut abolir les commissions scolaires pour tout confier aux villes du jour au lendemain, mais la comparaison nous force à réfléchir», dit-elle.

Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, n'était pas disponible pour répondre lui-même à nos questions, hier. Il se trouvait à la réunion des ministres de l'Éducation du Canada, à Yellowknife.

Dossier Finlande : les faits saillants

Les élèves en difficulté sont au coeur des préoccupations du système scolaire finlandais. Dans chaque école, une batterie d'experts est mise à leur disposition.

La Finlande ne connaît pratiquement aucun des problèmes de violence qui caractérisent de plus en plus les écoles du Québec.

Le taux de décrochage des jeunes Finlandais est 100 fois moins élevé qu'au Québec. À l'âge de 20 ans, 0,3 % des Finlandais n'ont pas terminé leurs études secondaires, comparativement à 29 %, chez nous.

La Finlande fournit gratuitement les effets scolaires et le repas du midi à tous ses élèves, du primaire jusqu'à la fin du lycée.

Malgré cela, les coûts de fonctionnement du système finlandais sont moins élevés que ceux du Québec.

Au milieu des années 1980, les Finlandais ont éliminé l'équivalent de nos commissions scolaires. Les économies réalisées ont été réinvesties dans les services aux élèves en difficulté.

Ce sont les villes qui administrent les écoles de Finlande. Les bibliothèques publiques sont donc partie intégrante du réseau scolaire.

Les enseignants finlandais possèdent tous une maîtrise ou un doctorat. Ils sont cependant moins bien payés qu'au Québec.

La Finlande obtient les meilleurs résultats de la planète en lecture, mathématiques, résolution de problèmes et sciences au classement établi par l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

smenard@journalmtl.com


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