La montée des religions

Lise Payette - La montée des religions

Journal de Montréal

Ils étaient quelques centaines, manifestant dans le calme et le froid. Sans la présence des caméras, la plupart d'entre nous n'aurions jamais su qu'ils étaient descendus dans la rue pour protester contre les caricatures de Mahomet publiées au Danemark et pour lesquelles une bonne partie du monde est sens dessus dessous.

La majorité des leaders musulmans de Montréal avaient demandé à leurs fidèles de s'abstenir de manifester. Ils ont été entendus. Nous leur savons gré d'avoir choisi la voie de la mesure.

Il est évident que ce qui se passe ailleurs sème le doute dans une société libre et tolérante comme l'est devenue celle du Québec. Nous avons encore tout frais à la mémoire les ornières d'ignorance que la religion catholique nous a imposées pendant si longtemps et la lutte qu'il a fallu mener pour sortir de cette noirceur devenue insupportable au fur et à mesure que les fenêtres sur le monde se sont ouvertes.

Forcément, nous comprenons mal pourquoi les musulmans, arrivés chez nous avec un Dieu qui ressemble terriblement à Celui que nous avons chassé il n'y a pas si longtemps, ne profitent pas de la liberté qu'ils trouvent ici pour faire la même chose? Visiblement, nous n'en sommes pas là.

Dieu fait peur

Qu'Ils viennent du Moyen-Orient ou qu'Ils viennent des États-Unis d'Amérique, ceux qu'on appelle Dieu font peur. Ces Dieux qui encouragent la guerre, les assassinats, l'intolérance et la vengeance, ces Dieux fous qui montent les hommes les uns contre les autres ne sont pas les bienvenus chez nous. Ces Dieux qui se prétendent tous uniques devront cohabiter dans la paix et le respect ou disparaître.

Il n'y a pas que le Dieu de l'Islam qui prend beaucoup de place. Celui de nos voisins du Sud a repris du poil de la bête avec l'arrivée de George W. à la tête de l'État. Si nous le sentons moins, c'est parce que les Américains ne viennent pas chercher refuge au Québec comme les peuples du Moyen-Orient et que pour le moment, leurs preachers et leur Dieu restent de leur côté de la frontière. Mais le ton des prières monte aussi et les interdits se font de plus en plus nombreux. La noirceur s'épaissit.

Là, comme au Moyen-Orient, la religion et la politique vont la main dans la main. On commence à remplir le crâne des enfants de religion dès qu'ils sont à l'école, comme on le faisait avec nous autrefois. On mêle Dieu à toutes les sauces, se réclamant de son appui pour tout le mal qu'on accomplit en son nom. Toutes les destructions sont permises, allant du World Trade Center à la guerre d'Irak en criant : mon Dieu est plus fort que le tien !

Le rêve du Québec

Au Québec, on ne veut plus jouer à ces jeux de guerre et de haine. Collectivement, on cherche une autre voie, celle du coeur, celle du partage, celle de la paix entre les hommes et les femmes de bonne volonté.

On cherche une façon de devenir la Suisse des guerres religieuses comme la Suisse a été la terre d'accueil durant la dernière guerre mondiale. Nous préférons sans doute choisir la neutralité face à la folie destructrice qui semble s'emparer des humains quand Dieu prend trop de place et qu'Il exige toujours davantage.

Il ne faut pas chercher à nous imposer des dieux dont nous ne voulons pas. Chaque citoyen a le droit de croire à ce qu'il veut.

Nous lui serions reconnaissants de garder son Dieu dans son coeur et de ne pas l'imposer aux autres.

Rappeler Dieu à l'ordre, quand il le faut, c'est le devoir de l'Homme.


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