Caméras de surveillance dans les autobus, cartes d’identité munies de puces électroniques, détecteurs d’explosifs et d’armes chimiques cachés à l’hôpital ou même au supermarché: les gouvernements veulent vous protéger et ils préparent une série de gadgets pour suivre vos moindres faits et gestes.
Plus de 300 experts en sécurité civile des États-Unis, du Canada, du Québec et même de l’Australie et de Grande-Bretagne sont réunis pour une conférence de trois jours à Québec.
À les entendre parler, on vit décidément dans un monde dangereux. Les spécialistes se sont succédé toute la journée pour parler de catastrophes et montrer des images qui donnent froid dans le dos : attentats terroristes, tsunami, grippe aviaire, ouragans, déluges, verglas…
«La perception des gens au sujet de la sécurité a certainement changé depuis le 11 septembre 2001. […] Comme il s’agit d’un très grand problème, nous avons besoin de grandes solutions», a affirmé au Journal de Montréal Holly Dockery, adjointe spéciale en politique internationale et scientifique au département de Sécurité intérieure (Homeland Security) des États-Unis.
Big Brother vous surveille
La représentante de l’administration Bush constate avec bonheur que le Canada emboîte le pas aux Américains dans la mise en place d’une série de mesures destinées à protéger la population.
Des mesures de protection, ce n’est pas ça qui manque. Et ça ne fait que commencer. On n’a encore rien vu. Neil Bloomfield, de la firme américaine GE Security, filiale de General Electric, est venu donner un avant-goût de ce que la technologie nous réserve.
Des détecteurs d’explosifs seront cachés dans les machines distributrices de billets de métro ou d’autobus. Les bâtiments publics seront munis de détecteurs de produits chimiques ou de microbes pouvant servir «d’armes de destruction massive».
Le bon vieux contrôle des bagages et des passagers, dans les aéroports, deviendra aussi sophistiqué : un seul appareil pourra détecter à la fois les explosifs et les armes chimiques ou biologiques, a expliqué Neil Bloomfield.
«Ultimement, le contrôle se fera dans un corridor, vous allez marcher sans savoir que vous êtes ins-pectés», a précisé le représentant de GE Security.
Gros dollars
Tout cela est bien beau, mais ça coûte cher. Très cher, reconnaissent les experts. Le Canada s’est ainsi engagé à dépenser au moins 9 milliards de dollars sur cinq ans pour améliorer la sécurité et prévenir le terrorisme.
Le gouvernement Martin a aussi annoncé le projet d’installer des milliers de caméras de surveillance dans les métros et les autobus des grandes villes, dont Montréal.
Les mesures antiterroristes donnent rarement tous les résultats attendus, a toutefois noté récemment la vérificatrice générale, Sheila Fraser. Et les attentats de juillet à Londres, commis dans des autobus et des wagons de métro munis de caméras, ont démontré que les terroristes peuvent frapper malgré la surveillance.
La vie de nos concitoyens ne sera plus jamais pareille
Les Canadiens doivent s’habituer à se faire surveiller, à franchir à tout moment des barrières de sécurité et à affronter des catastrophes de toutes sortes, affirme le haut fonctionnaire fédéral responsable de la sécurité civile.
«Est-ce que la vie ne sera plus jamais pareille ? Pour être franc, oui», explique au Journal Robert Walker, sous-ministre adjoint et président-directeur général de Recherche et Développement pour la Défense Canada (RDDC), qui organise la conférence de Québec sur la sécurité.
— M. Walker, croyez-vous que les Canadiens sont prêts à sacrifier leur liberté au nom de la sécurité ? Prêts pour les caméras de surveillance et pour les détecteurs de toutes sortes à tous les coins de rue ?
«Je ne suis pas certain qu’ils le sont», répond le sous-ministre.
«Notre plus grand défi consiste à trouver un équilibre entre la surveillance constante et les droits garantis par la Charte des droits et libertés. On doit protéger le public en évitant de faire peur au monde. C’est une question difficile et complexe.»
Les responsables de la sécurité civile doivent non seulement préparer le Canada à un éventuel attentat terroriste, mais à une série de catastrophes naturelles qui deviennent de plus en plus probables en raison des changements climatiques, rappelle M. Walker : ouragans, déluges, verglas, etc.
Sans compter les risques de pandémie de grippe aviaire ou d’autres maladies qui frappent déjà ailleurs dans le monde.
mafortier@journalmtl.com