Évitez l’eau de la rivière Yamaska!

Pascal Morin -Journal de Montréal

Repoussante, verdâtre et toxique, la Yamaska est à éviter sur une bonne partie de sa longueur, indique la Direction de la santé publique de la Montérégie.

Les autorités ont émis un avis recommandant aux riverains des municipalités de Cowansville, Farnham, Saint-Césaire et L’Ange-Gardien d’éviter tout contact avec l’eau de la rivière.

Par contre, la qualité de l’eau potable des municipalités de Farnham, Saint-Césaire, Cowansville, Granby et Saint-Hyacinthe n’est pas remise en question en raison de la filtration.

La Yamaska est aux prises avec une prolifération importante de cyanobactéries, communément appelées algues bleues, en raison d’un apport anormalement élevé en phosphore et en azote. L’exploitation agricole près des rivages serait en grande partie responsable de cette situation.

Jusqu’à nouvel ordre
«L’avis risque d’être en vigueur jusqu’à la fin de la saison, souligne le docteur Claude Tremblay, coordonnateur de l’équipe de santé environnementale à la Santé publique. Les mêmes consignes s’appliquent aux habitants d’autres municipalités limitrophes à la rivière Yamaska s’ils remarquent que l’eau est anormalement verte.»

Une simple saucette ou une douche avec l’eau de la rivière peut conduire à des irritations de la peau et des muqueuses. Des maux de ventre et des vomissements peuvent aussi suivre l’ingestion d’une petite quantité de liquide.

Vendredi dernier, un avis a également été émis pour le lac Brome. Plusieurs plages de la baie Missisquoi sont également fermées depuis quelques semaines.

Poisson toxique
Évidemment, on conseille aux pêcheurs de ne pas consommer les prises effectuées dans les secteurs affectés.

«Les toxines dégagées par les cyanobactéries risquent de se retrouver dans la chair des poissons, indique d’ailleurs Frances Pick, écologiste des eaux douces à l’Université d’Ottawa. Les toxines peuvent être dangereuses pour le foie et le système nerveux.»

Les résidants qui seraient tentés de laisser patauger leur animal de compagnie devront également y penser à deux fois.

«Il y a deux ans, un chiot est mort quelques jours après avoir joué dans l’eau de la rivière», rappelle le Dr Tremblay.

Les aînés se rappellent avec nostalgie une rivière propre... pendant leur jeunesse

«Quand j’étais jeune, on se baignait, on pêchait et on mangeait nos poissons sans se demander s’ils allaient nous rendre malades», se rappelle avec nostalgie Yvan Meunier, qui demeure aux abords de la Yamaska depuis tout près de 73 ans.

Aujourd’hui, la Yamaska est la rivière la plus polluée du Québec. À tous les étés, des algues bleues l’envahissent au point où tout contact avec son eau devient dangereux pour la santé.

Les agriculteurs qui exploitent les terres longeant ce cours d’eau montérégien sont souvent pointés du doigt par les résidants pour cette triste situation.

«Avant que les cultivateurs utilisent toutes sortes de produits chimiques et qu’ils mettent du purin dans la rivière, l’eau était belle», lance M. Meunier.

De son côté, Armand Robidoux n’ose même plus laver ses chiens avec l’eau de la Yamaska.

«Tant et aussi longtemps qu’il va y avoir des soues à cochon et des fermes à quelques mètres des berges, la situation ne changera pas», estime l’homme qui possède une résidence riveraine depuis 26 ans.

De leur côté, les agriculteurs se défendent bien d’être les uniques responsables de tous les maux de la rivière Yamaska.

«Nous ne sommes pas les seuls responsables»
«Nous avons notre part de responsabilité, mais les résidants, avec leurs fosses septiques et les municipalités font aussi partie du problème», soutient le président de l’Union des producteurs agricoles du secteur de Saint-Hyacinthe, René Walaszczyk.

Ce dernier indique que les agriculteurs font beaucoup d’efforts pour améliorer la situation.

«En 2003, 85 % des cultivateurs avaient adopté un plan de fertilisation, indique-t-il en guise d’exemple. Nous travaillons aussi sur des actions concrètes comme la plantation d’arbres ou l’aménagement de tranchées filtrantes.»


Vidéos

Photos