Qualifié de dictateur, le maire Jacques Olivier est isolé depuis hier par un putsch surprise de presque tous les membres de son équipe, qui se sont ligués derrière l’ancien maire de Longueuil et actuel vice-président de l’exécutif, Claude Gladu.
Selon les informations obtenues par le Journal, hier, le maire Olivier a perdu l’appui de la grande majorité de ses conseillers élus à cause de son style de gestion qualifié unanimement de dictatorial et de sa personnalité trop hautaine au goût de certains.
Le putsch s’est concrétisé vraiment à la dernière minute, hier. Les organisateurs du Parti municipal/Équipe Olivier ont en effet dû annuler en après-midi la présentation de toute leur équipe de candidats, qui devait justement avoir lieu hier soir au quartier général du parti, sur le Chemin Chambly, dans le Vieux-Longueuil.
Selon nos informations, ce n’est pas tant la volonté de Claude Gladu de vouloir prendre les commandes d’une nouvelle équipe que celle des élus de le revoir comme chef qui a finalement mené au putsch.
M. Gladu a été maire à deux reprises de l’ancienne ville de Longueuil avant la fusion, en 2002. C’est d’ailleurs grâce à son appui que Jacques Olivier, alors homme d’affaires, a obtenu presque sur un plateau d’argent la victoire aux élections de la nouvelle ville.
Complètement isolé
Hier, c’est justement toute l’équipe de 14 candidats du Vieux-Longueuil aux élections de novembre pour l’équipe Olivier qui est passée dans le clan Gladu.
Les trois élus de Greenfield Park ainsi que les huit de Saint-Hubert songeraient aussi à rallier la nouvelle équipe Gladu. Le seul candidat de Le Moyne, Gilles Grégoire, ferait la même chose.
En fait, le maire Olivier se trouverait ainsi complètement isolé dans la nouvelle ville de Longueuil reconstituée, sans les villes de Saint-Lambert, Brossard, Boucherville et Saint-Bruno-de-Montarville.
Joint hier soir, Claude Gladu a confirmé au Journal toutes ces informations, y compris les pressions qu’il a subies pour reprendre le leadership d’une nouvelle équipe.
«M. Olivier a sa façon de gérer et elle déplaisait beaucoup. Moi, quand j’étais maire, on décidait en équipe. Toute l’équipe se plaint de sa façon d’agir de dictateur. Les autres m’ont tous dit qu’il n’était pas question de continuer un autre quatre ans comme ça !»
Lutte à trois
M. Gladu a confirmé au Journal que le maire avait convoqué d’urgence le comité exécutif à une séance, hier après-midi, à laquelle il n’avait pas été invité.
«Il va sans doute me mettre dehors de l’exécutif, comme Manon Hénault, Robert Charland et Bertrand Girard (tous passés avec lui). C’est son droit. Il m’a aussi dit qu’il fera campagne, que ce sera une lutte à trois.»
M. Gladu est avantageusement connu et aimé à Longueuil. Réputé comme un homme d’équipe, honnête et humble, il est une vedette locale incontestée. À tel point qu’il est le seul candidat qui, dans les sondages rendus publics au niveau provincial, était donné gagnant contre la députée Pauline Marois.
Les putschs en politique sont rares. En 1984, le maire de Laval Claude Lefebvre avait déjoué un putsch de ses principaux conseillers en se liguant avec le chef de l’opposition d’alors, Gilles Vaillancourt, maintenant maire depuis 1989.
Un maire qualifié de «hautain et suffisant»
Jacques Olivier a mis peu de temps, une fois élu, pour voir son style de gestion sévèrement critiqué. Ses opposants l’ont rapidement qualifié de dictateur, de personnage hautain et suffisant.
Dès l’assermentation des élus, le maire Jacques Olivier, nouvellement élu, avait cavalièrement évincé les quatre élus d’opposition de la cérémonie d’assermentation.
La période de questions réservée aux élus lors des séances du conseil municipal a aussi été décriée de tous. Les élus doivent poser leur question à tour de rôle et les réponses viennent seulement après que toutes les questions ont été posées, empêchant tout débat.
La période de questions réservée aux citoyens est aussi gérée avec peu de souplesse. À tel point qu’il n’est pas rare que des citoyens, excédés, deviennent agressifs et se fassent littéralement expulser.
Même les proches collaborateurs de M. Olivier conviennent du style frondeur et parfois choquant de leur patron.
Outre le maire de Montréal Gérald Tremblay, qui voit aux destinées d’une ville de 1,8 million d’habitants, Jacques Olivier est le seul autre maire au Québec à utiliser les services d’un chauffeur à temps plein, malgré qu’il vive dans une ville de 380 000 âmes.
Son bureau, à l’hôtel de ville de Brossard, aménagé à grands frais, a aussi fait l’envie de plusieurs dirigeants de grandes entreprises, autant par son immensité que par sa richesse.
Mutisme
Le maire Olivier a réuni sa cellule de crise – ses plus proches collaborateurs – à partir du début de l’après-midi, hier. Aucun d’eux n’a rappelé le Journal. Le maire non plus.