Chrétien: «l’ultime responsable» du scandale des commandites

Laurent Soumis -Journal de Montréal

L’ancien premier ministre Jean Chrétien a admis hier qu’il était «l’ultime responsable» du scandale des commandites. Mais il affirme avoir été tenu dans l’ignorance des irrégularités et des malversations.

Devant la commission d’enquête Gomery, M. Chrétien a d’abord fait un mea culpa. «Je déplore toutes les erreurs qui auraient pu être commises dans l’exécution de ce programme, a-t-il dit. J’assume la responsabilité ultime de tout ce que mon gouvernement a fait de bien et de mal.»

Mais pour le reste, M. Chrétien a affirmé s’être tenu très loin de la gestion quotidienne du programme. «Le premier ministre a bien d’autres choses à faire que de prendre ces décisions-là», a-t-il fait valoir.

Encore aujourd’hui, l’ancien premier ministre soutient qu’il «fallait faire ce qui devait être fait» pour contrer la menace séparatiste. «C’était un outil de propagande pour mon pays, a-t-il dit. Je ne m’en excuserai pas auprès de qui que ce soit.»

Deux sortes d’agences
Il conteste toutefois l’idée qu’il s’agissait d’un «programme partisan pour aider le Parti libéral». Si certains en ont profité, c’est parce qu’il existe au Québec «deux sortes d’agences» de publicité: «celles qui sont proches des séparatistes et celles qui sont proches des fédéralistes».

M. Chrétien s’est aussi défendu de ne pas avoir respecté les règles d’attribution de contrats qu’il avait lui-même édictées. «Si on avait procédé par soumission, il n’y aurait pas beaucoup d’avocats ici», a-t-il raillé.

«Rien ne saurait excuser ou motiver le gaspillage de l’argent ou l’emploi de l’argent du contribuable à des fins partisanes, a-t-il estimé. Si certains ont agi par goût du lucre, ils ont trahi le premier ministre, le gouvernement et le pays. Ils doivent être démasqués et punis. Je n’irai pas leur porter des oranges.»

Ministres au courant
Selon M. Chrétien, tous les membres du cabinet «étaient très certainement au courant du programme». Mais c’est au ministre responsable des commandites qu’il incombait de veiller à sa bonne gestion. «Je croyais que mes ministres étaient assez intelligents pour suivre mes directives», a-t-il déclaré.

M. Chrétien reconnaît que «l’unité nationale» était sa première priorité et que son chef de cabinet, Jean Pelletier, en «était responsable» à son bureau. Il affirme cependant qu’il ne «connaissait pas» Charles Guité avant de lui confier la direction de son programme chéri.

Balles de golf
L’ancien premier ministre a aussi profité de sa comparution pour régler quelques comptes. Il a ainsi étalé une série de balles de golf offertes par des présidents américains et par le cabinet Ogilvy Renault, où travaillent le procureur en chef de la Commission, Me Bernard Roy, et la fille du juge Gomery.

M. Chrétien a conclu en minimisant l’ampleur du scandale. «Il y a eu moins d’argent volé que ce que coûtera cette commission, a-t-il estimé. Moi, j’ai pris les dispositions pour voir s’il y avait un problème et pour le régler.»

Ce qu’il a dit
... J’assume la responsabilité ultime de tout ce que mon gouvernement a fait de bien et de mal...
... Rien ne saurait excuser ou motiver le gaspillage de l’argent ou l’emploi de l’argent du contribuable à des fins partisanes...
... C’était un outil de propagande pour mon pays. Je ne m’en excuserai pas auprès de qui que ce soit...
... Les coupables doivent être démasqués et punis. S’ils sont coupables, je n’irai pas leur porter des oranges...
... Au Québec, il existe deux sortes d’agences de publicité : celles qui sont proches des séparatistes et celles qui sont proches des fédéralistes...
... Je croyais que mes ministres étaient assez intelligents pour suivre mes directives...
... Les ministres étaient certainement au courant. Ils auraient dû le savoir...
... Le premier ministre a bien d’autres choses à faire que de prendre ces décisions-là...
... Il y a eu moins d’argent volé que ce que coûtera cette commission.


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