Forêt boréale: un plan de redressement sur trois ans

Yves Chartrand -Journal de Montréal

Pour redresser la situation, la commission Coulombe propose au gouvernement un plan de redressement sur trois ans et de diminuer les stocks de bois disponibles de 20 pour cent.

C’est un véritable projet «clé en main» que soumet la commission au gouvernement afin de rectifier le tir. Les quelque 80 recommandations contenues dans le rapport «doivent être prises comme un tout», a prévenu Guy Coulombe et non pas comme un «buffet» où l’on choisit ce que l’on veut.

Le plan soumis par la commission veut essentiellement «s’éloigner d’une gestion axée sur la production de matière ligneuse pour gérer la forêt comme un tout, en mettant l’accent sur l’aménagement écosystémique et le parachèvement du réseau des aires protégées».

D’ici à ce que ce plan se mette en place en 2008, la commission recommande de diminuer la possibilité forestière de 20 pour cent, ce qui diminuera le volume des récoltes de façon inégale dans les régions.

Ainsi, dans les régions de l’Abitibi et du Lac-Saint-Jean où l’industrie récolte à peu près tout ce que le ministère autorise, cette mesure pourrait avoir de sérieuses répercussions sur les emplois.

A contrario, une région comme la Côte-Nord pourrait être moins touchée puisque son niveau de récolte est bien en deçà des volumes autorisés par le ministère.

Comité de mise en œuvre
La commission recommande la création d’un poste de forestier en chef à l’intérieur du ministère des Ressources naturelles, doté d’une autonomie complète assurée par la loi, qui aurait comme mandat de tout revoir le système informatique du ministère pour calculer la possibilité forestière.

Il recommande également l’instauration d’un «Vérificateur des forêts» rattaché au bureau du Vérificateur général du Québec dont le mandat serait celui d’un chien de garde.

Pour mener à bien l’importante réforme qu’elle propose, la commission recommande d’instaurer rapidement un comité de mise en œuvre pour voir à la bonne marche de ces changements.

Le ministre Corbeil refuse de faire un mea culpa
Le ministre Pierre Corbeil s’est félicité hier d’avoir «enfin un portrait clair de la situation» et a promis de «passer à l’action», mais il a refusé de faire un mea culpa, au nom de son ministère, sur l’épouvantable gestion des forêts québécoises.

Ce que le ministre délégué aux Forêts a refusé de dire en profondeur hier, il l’a dit en longueur… Sa seule concession a été de reconnaître à Richard Desjardins «le mérite d’avoir suscité la réflexion».

Les journalistes ont eu beau le mitrailler sur la nécessité de reconnaître avant tout que le ministère a erré depuis plus d’une décennie, Pierre

Corbeil s’est entêté à répliquer qu’il passerait «à l’action».

«Je veux vous dire que le rapport ne sera pas mis sur une tablette», a promis le ministre, annonçant qu’il mettrait sur pied «après les Fêtes» le comité de mise en œuvre recommandé par la commission Coulombe pour mettre en place le train de mesures souhaitées.

Il n’a pas voulu reconnaître que le plan Coulombe nécessitait préalablement un changement de culture radical au ministère des Ressources naturelles.

«J’ai constaté depuis que je suis en poste qu’il est déjà opéré, ce changement de culture», dit-il.

Courant d’air frais
Pourtant, la commission Coulombe dit en termes à peine voilés dans son rapport que ceux qui ont provoqué le gâchis ne peuvent être ceux qui opéreront les changements…

«Au cours des trois prochaines années, il devient essentiel d’ouvrir largement les fenêtres de la maison Forêt pour créer un courant d’air frais favorisant les virages requis», écrit presque poétiquement le rapport.

«Il y a de très fortes possibilités que s’incruste aussi l’inertie bureaucratique tant au gouvernement que chez les autres intervenants et qu’alors, la prudence se transforme en résistance aux changements.»


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