Le Canada: le paradis des «plantes Frankenstein»

Marco Fortier - Journal de Montréal

Le gouvernement fédéral soutient qu’il faut garder secrets les lieux de culture des plantes modifiées génétiquement pour protéger ces cultures controversées des vandales.

«C’est une information qui est jugée confidentielle pour la sécurité de l’environnement et la santé humaine», a indiqué hier Cécile Girard, agente de biosécurité à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

«Si les lieux étaient connus du public, il y a peut-être des gens qui s’y rendraient et qui saccageraient les cultures. Ça s’est déjà vu. Il faut éviter que les graines se répandent sur les terres voisines», ajoute-t-elle.

Les groupes écologistes soutiennent plutôt qu’il faudrait révéler les lieux de culture des OGM, justement pour protéger l’intérêt public. Les agriculteurs ont tout intérêt à savoir ce qui se cultive dans le champ du voisin, croit ainsi Éric Darier, de Greenpeace.

Périmètre de sécurité

Autre problème: la loi autorise un simple périmètre de protection de 10 à 800 mètres autour des champs destinés à la culture des OGM. Greenpeace soutient qu’on devrait plutôt interdire toute culture dans un rayon d’au moins deux kilomètres autour de ces terres.

«Une protection de 10 mètres, c’est ridicule! Une abeille ou un coup de vent peuvent transporter du pollen beaucoup plus loin», soutient Éric Darier.

Le gouvernement fédéral affirme que chaque lieu de culture transgénique est vérifié au moins trois fois par des inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ce qui garantit la sécurité du processus.

Des congés fiscaux de 1,6 milliard...

Ottawa accorde des congés fiscaux de 1,6 milliard de dollars par année à 11 000 promoteurs en biotechnologie.

Ces données sont enfouies dans le fameux rapport que le gouvernement fédéral a dû produire à la suite d’une requête de la vérificatrice générale.

Le document, daté du 28 janvier 2004, a été rédigé conjointement par cinq ministères fédéraux (Agriculture, Environnement, Finances, Industrie, Commerce international).

Il a été produit en vertu d’une procédure méconnue: une «pétition» adressée au Bureau du vérificateur général. Le groupe écologiste Greenpeace a initié cette pétition, envoyée le 8 septembre 2003 chez la vérificatrice générale Sheila Fraser.

Le 30 septembre, Mme Fraser a donné 120 jours aux cinq ministères pour répondre aux questions de Greenpeace.

Gènes d’animaux

En plus des 16 cultures transgéniques effectuées dans des terres à l’air libre, l’industrie pharmaceutique fait pousser des dizaines et des dizaines de «plantes OGM» en laboratoire et sur des fermes expérimentales. Des gènes d’animaux sont aussi modifiés pour fabriquer des médicaments.

Au Québec, les universités McGill, Concordia, de Montréal, l’UQAM, Laval et Sherbrooke, notamment, ont mis sur pied des cultures transgéniques destinées à déve- lopper des médicaments ou d’autres produits industriels.

Feu vert à l’industrie pharmaceutique pour cultiver des OGM au Canada

Sans faire de bruit, Ottawa vient de doubler le nombre de terres destinées à la culture de plantes modifiées génétiquement et qui entrent dans la fabrication de médicaments, révèle un rapport rendu public en vertu de la Loi sur le vérificateur général.

Ottawa a autorisé l’industrie pharmaceutique à cultiver des plantes transgéniques dans 16 champs au Canada en 2003. C’est deux fois plus que l’année précédente.

À peine 16 essais, c’est beaucoup moins que les immenses cultures de légumes et de céréales modifiés génétiquement qui se retrouvent tous les jours dans nos assiettes.

Mais parce qu’il s’agit de plantes modifiées dans l’unique but de créer des médicaments, et qu’elles poussent près d’autres terres cultivables, ça pose des risques importants pour la santé humaine, selon le groupe écologiste Greenpeace.

D’autant plus que ces expériences sur des «plantes Frankenstein» se font dans le plus grand secret, aucune loi n’obligeant les promoteurs à révéler où poussent ces plantes. La superficie des terres cultivées reste aussi secrète, même si la loi limite ces tests à cinq hectares par province et par année.

Dérapage en vue

Le groupe Greenpeace, qui a forcé le gouvernement fédéral à dévoiler ces données, soutient qu’Ottawa est sur le point de perdre le contrôle sur les cultures transgéniques.

Greenpeace craint que ces plantes modifiées, qui poussent dans des champs à l’air libre, viennent contaminer les terres voisines où poussent des céréales et des légumes destinés aux humains. Au moins deux cas semblables de contamination sont survenus aux États-Unis en 2002.

«Le gouvernement veut encourager le secteur des biotechnologies, mais il favorise le développement à tout prix, au détriment de la sécurité du public», a réagi hier Éric Darier, responsable des OGM (organismes génétiquement modifiés) chez Greenpeace à Montréal.

«Si ça continue comme ça, c’est probablement une question de temps avant que des produits pharmaceutiques se répandent dans des cultures destinées à l’alimentation humaine», ajoute-t-il.

Science-fiction

Cette histoire semble sortie tout droit d’un film de science-fiction, mais c’est la réalité : la science se développe tellement vite que des chercheurs sont capables de fabriquer des médicaments à partir de plantes modifiées en laboratoire.

Selon le document rendu public cette semaine, du canola, du lin, du tabac, de la luzerne et du trèfle modifiés génétiquement entrent dans la fabrication d’une série de produits : vaccins contre la grippe, anticorps pour le diagnostic de tumeurs, anticorps contre les infections alimentaires, etc.

Sur les 16 essais de cultures transgéniques destinées à l’industrie pharmaceutique en 2003, aucun n’est signalé au Québec.

Mais les Québécois doivent quand même s’inquiéter, selon Greenpeace. Parce qu’une bonne partie des légumes et des céréales qui se retrouvent sur nos tablettes viennent de l’Ouest canadien et de l’Ontario, où se déroulent la majorité des expériences sur les OGM pharmaceutiques.


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