Un jeune Haïtien de 19 ans est tellement désespéré par sa condition inhumaine qu'il songe à marier sa soeur afin de pouvoir émigrer à Montréal.
Si le passé en Haïti a disparu en fumée, le présent est d'une souffrance terrible et le futur apparaît parfois inexistant.
Plus de deux semaines après le séisme destructeur, des files d'attente de plusieurs heures se forment toujours chaque matin devant les bureaux de l'immigration et de l'ambassade canadienne. La patience est rarement récompensée, mais l'espoir d'une vie nouvelle ne meurt pas.
Jean-Baptiste et Manousheka n'ont pas le même père. Ils partagent toutefois la même mère adoptive qui vit à Montréal.
«Avec le tremblement de terre, j'ai perdu tous mes effets. Ma maison s'est écrasée. J'ai perdu mon passeport et tous mes documents. Je n'ai plus de papiers. Je veux retrouver ma mère au Canada. Elle vit à Montréal. Elle travaille beaucoup. Elle est citoyenne canadienne. Je veux qu'elle m'aide à sortir d'ici. Je meurs de faim. Et je ne veux pas laisser ma demi-soeur dans ce pays. Elle a des formulaires, mais elle ne peut pas les remplir. Peut-être que ma mère va me voir dans les médias. Elle revient en Haïti chaque deux ans», dit Jean-Baptiste.
Les viols et la prostitution lui font craindre le pire pour sa soeur de 20 ans qui ne parle pas français comme lui. Pour pouvoir fuir, Manousheka veut se marier. «J'ai beaucoup d'amis qui sont morts. Je ne veux plus vivre ici. Je suis prête à partir si je peux m'entendre avec quelqu'un», explique-t-elle, par la voix d’un interprète.
Sans aucune identité légale, son frère envisage de la marier afin de faciliter les démarches. Avant d'opter pour cette solution, l'idéal serait que sa mère le parraine et qu'un homme bon et généreux se manifeste.
En dernier recours
«Je dors dans la rue. Il me reste seulement ce sac, ces photos et les vêtements que je porte», ajoute Jean-Baptiste en montrant ce qu'il a pu récupérer.
Malgré le peu de scolarité qu'il possède, celui-ci parvient quand même à exprimer dans ses propres mots ce qu'il ressent vraiment. Ses origines demeurent importantes pour lui. La contradiction est flagrante mais son peuple a l'habitude de vivre au jour le jour.
«Quand mon pays sera changé, je vais revenir. Je n'ai pas de problème. Je ne peux pas rester au Canada. Je veux seulement y aller pour travailler.»
Ébranlé, ce dernier ignore si Haïti sera reconstruit dans dix ans. «C'est Dieu qui décidera.»
(Journal de Québec)