Bien des gens perdraient la foi devant tant de malheurs. Pas les Haïtiens qui croient en Dieu comme nulle part ailleurs, ou presque.
Au Québec, certains catholiques sont secoués devant le drame. «Comment peut-il leur envoyer tout ça? Ce n'est pas possible. Ça me fait perdre la foi», disait une Québécoise âgée, jeudi dernier.
Le phénomène inverse se produit ici. Les habitants se tournent encore plus vers Jésus et le Seigneur. Tous ceux qui sont en vie prient Dieu pour qu'il continue de les protéger.
«Osez l'amour. Dieu tout puissant. Dieu est partout. Jésus-Christ viendra vous libérer», chantaient-ils à tue-tête hier matin. Les bras tendus vers le ciel, ils étaient des milliers rassemblés en plein air au centre-ville pour les célébrations du dimanche. Les haut-parleurs et la musique transportaient leur douleur le plus loin possible.
Sourire à Dieu
«C'est Dieu qui nous a sauvés. Il faut le remercier avec un sourire», répétait Nadine aux abords de la scène.
Sur les autobus «tape-tape» qui déplacent des sinistrés en quête d'une terre plus propice en banlieue, des messages pieux sont reproduits sur chaque espace disponible. Les Haïtiens se sauvent pour trouver à manger avec des autobus sur lesquels il est inscrit «Dignité».
Sur la route désertique vers Saint-Marc, un groupe de jeunes marchent vers une direction inconnue. «Nous allons à la messe». Aucune église n'est en vue. Quelques kilomètres plus loin, une tente en toile bleue a été érigée dans un champ.
Leur fierté demeure inébranlable. Des sinistrés sortent des amas de béton et de ferraille avec des chemises plus blanches que les vêtements des membres de la presse. Des hommes cravatés apparaissent ici et là. Les habits sont propres et rien n'est déchiré. Stupéfiant dans les circonstances. Même à Saint-Marc, dans une pauvreté extrême, malgré les déchets à ciel ouvert, les habitants quittent leur lieu de culte tous convenablement vêtus.