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En pleine tempête commerciale, la «diplomatie du soccer» unit le trio de l'ALÉNA

En pleine tempête commerciale, la «diplomatie du soccer» unit le trio de l'ALÉNA

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WASHINGTON | «Malhonnête», «faible» mais désormais aussi «profondément unis»: entre sobriquets lancés par Donald Trump et vives tensions commerciales, les États-Unis, le Canada et le Mexique fêtent mercredi une victoire diplomatique commune après avoir décroché l'organisation de la Coupe du monde de soccer 2026.

Taxes douanières et menaces de contre-taxes, accusations de «trahison», négociations houleuses sur le traité de libre-échange de l'ALÉNA, les trois voisins vivent depuis des semaines en plein «psychodrame» commercial, selon les mots de la chef de la diplomatie canadienne en allusion aux menaces économiques du bouillant Donald Trump visant le Canada.

Un contexte tendu entre les candidats qui n'a pas empêché leurs dirigeants de se précipiter pour saluer, sur Twitter, la «victoire» face au Maroc, alors que ni les États-Unis ni le Canada ne sont qualifiés pour le Mondial-2018.

Il faut dire que l'enjeu est de taille avec cet évènement à l'énorme audience planétaire. Et les recettes s'annoncent juteuses pour le premier Mondial à 48 équipes, contre 32 actuellement. Le trio a promis «la Coupe du monde la plus lucrative de l'histoire», avec plus de 10 milliards de dollars de recettes.

Pyongyang pour Rabat

Restrictions sur les visas, épithètes insultants pour désigner des pays africains, brouille avec ses alliés européens: après un an et demi de présidence Trump, la candidature United 2026 avait bien craint que le vote de mercredi ne tourne au referendum «pour ou contre» le milliardaire américain.

D'autant que Donald Trump s'est personnellement investi dans la campagne, en menaçant directement en avril ceux qui ne voteraient pas pour eux.

«Cela serait dommage que les pays que nous soutenons en toutes circonstances fassent campagne contre la candidature américaine. Pourquoi soutiendrions-nous ces pays quand ils ne nous soutiennent pas (y compris à l'ONU)».

De quoi pousser le président de la Fédération américaine de soccer, Carlos Cordeiro, à plaider avant le vote pour qu'on juge la candidature United 2026 sur «ses mérites» et non sur des questions de «géopolitique».

Selon le New York Times, Donald Trump aurait d'autre part pris le soin d'adresser trois lettres aux présidents de la FIFA, Gianni Infantino, assurant que ses strictes consignes sur l'attribution de visas «ne s'appliqueraient pas à la Coupe du Monde».

Le vote a finalement été net: 134 pour États-Unis/Canada/Mexique, 65 pour le Maroc. Curiosité typique de la complexe diplomatie du soccer: au lendemain de la rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong Un, la Corée du Nord a voté... pour le Maroc.

«En tirer leçon»

«Les États-Unis, avec le Mexique et le Canada, viennent d'avoir la Coupe du monde. Félicitations - On a beaucoup travaillé pour ça», s'est réjoui Donald Trump. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a lui salué «une bonne nouvelle», prévoyant «un formidable tournoi!».

Le président mexicain Enrique Peña Nieto est allé plus loin dans un élan célébrant leur union. «Ce ne sont pas seulement nos peuples et nos familles, pas seulement nos entreprises et nos commerçants, mais aussi le soccer qui sait que le Canada, les États-Unis et le Mexique sont profondément unis».

Une élue démocrate de la Chambre américaine des représentants, Kathy Castor, a-t-elle saisi l'occasion pour ironiser sur les sorties de Donald Trump contre ses alliés. «L'Amérique gagne quand nous travaillons avec nos amis et voisins... J'espère qu'on en tirera leçon ici».

Dans les rues de Mexico, certains sont pourtant déçus que les États-Unis remportent le gros de la compétition: 60 des 80 rencontres, et tous les matches à partir des quarts de finale.

«Ce n'est pas beaucoup», souligne Roberto Rodriguez, vendeur de rues septuagénaire qui propose les maillots vert et blanc de la sélection mexicaine. Pour Juan Luna, un autre vendeur âgé de 66 ans, l'heure n'est cependant pas aux tensions diplomatiques.

«Le sport c'est une chose, la politique une autre».



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