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Ce que l'on sait avant le sommet Kim-Trump

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Le sommet historique du 12 juin entre Donald Trump et Kim Jong Un, s'il a lieu, doit porter sur une «dénucléarisation» de la péninsule coréenne. États-Unis et Corée du Nord sont d'accord là-dessus, mais pas forcément sur ce que cela signifie concrètement.

Voici ce que l'on sait sur ce que veulent Washington et Pyongyang et sur les concessions qu'ils sont prêts à faire.

Dénucléarisation

Le dirigeant nord-coréen a créé la surprise début mars en se disant prêt à évoquer avec les États-Unis, ennemi juré, la question d'une «dénucléarisation» après des mois d'escalade autour de ses ambitions atomiques.

Qu'entend-il exactement? Difficile à savoir, d'autant que ses intentions ont pour l'essentiel été rapportées par ses interlocuteurs étrangers. Mais dans une déclaration avec le président sud-coréen Moon Jae-in fin avril, il a souscrit à «l'objectif» d'une «péninsule coréenne non nucléaire», «au moyen d'une dénucléarisation totale».

Et le seul site connu d'essais nucléaires en Corée du Nord sera officiellement démantelé fin mai, même si plusieurs experts relativisent la portée du geste.

De nombreuses ambiguïtés demeurent. Kim Jong Un a justifié la fin des tests par le fait que «le travail pour installer des ogives nucléaires sur des missiles balistiques» était «terminé».

Va-t-il pour autant renoncer à son arsenal de bombes et de missiles, bâti pour dissuader toute menace contre son régime? Il ne s'y est pas clairement engagé.

Or les États-Unis exigent une «dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible». «Ça veut dire se débarrasser de leurs bombes atomiques», explicite l'administration Trump: révéler les emplacements, les ouvrir à des inspections ultra strictes, transporter les armes par exemple aux États-Unis pour leur «déconstruction», mais aussi «se débarrasser de leur usine d'uranium» et des missiles intercontinentaux et stratégiques.

Washington veut aussi la fin des armes chimiques et biologiques nord-coréennes.

Mais le risque est que Pyongyang cache des sites ou des armes, reconnaît-on côté américain.

Sanctions

Ce processus, si la Corée du Nord y est disposée, prendra du temps -- peut-être des années. Comment le mener à bien «sans délai», comme le réclament les États-Unis?

Les Américains veulent surtout éviter un processus «par étapes», «donnant-donnant», où chaque concession nord-coréenne donnerait lieu à un assouplissement international. Or Pyongyang refuse tout «renoncement nucléaire unilatéral».

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a certes fait miroiter l'arrivée d'investissements privés à la faveur d'une future levée des sanctions économiques drastiques. Mais pas avant que la dénucléarisation soit devenue irréversible, sans que l'on sache exactement où pourrait être placé le curseur.

«La seule approche réaliste aujourd'hui est celle d'un séquençage, impliquant un gel puis une destruction progressive des installations en échange d'un allègement des sanctions et de mesures de confiance progressives, avec un traité de paix», dit Boris Toucas, chercheur invité au Center for Strategic and International Studies à Washington. Mais «rien ne dit à ce stade que la Corée du Nord n'est pas simplement en train de gagner du temps».

En attendant, les deux parties font quelques gestes: la libération des trois Américains détenus en Corée du Nord d'une part, et, de l'autre, le simple fait pour Trump d'accepter de rencontrer Kim est perçu comme une concession puisqu'il lui accorde une reconnaissance internationale.

Paix et sécurité

La seule demande connue des Nord-Coréens porte sur la sécurité. La «condition préalable à la dénucléarisation est de mettre fin à la politique hostile envers la Corée du Nord» et «aux menaces nucléaires», a prévenu un haut responsable.

Là aussi, les tractations s'annoncent tendues.

L'administration Trump promet qu'elle ne cherche pas à obtenir la chute du régime. Mike Pompeo a même évoqué la possibilité de «fournir des garanties sur leur sécurité».

Lesquelles? Pyongyang souhaite vraisemblablement conclure avec Séoul et Washington un traité de paix pour mettre formellement fin à la guerre de Corée, qui ne s'est achevée en 1953 que par un armistice. Il pourrait inclure des garanties à préciser quant à la survie du régime au Nord.

Mais l'interrogation porte, à nouveau, sur la «dénucléarisation de la péninsule coréenne»: le Nord inclut-il dans ce concept, comme par le passé, le retrait des 30 000 soldats américains déployés au Sud? Donald Trump a assuré qu'il ne serait «pas sur la table» mais sans l'exclure à plus long terme.

Et quid des manoeuvres militaires conjointes entre États-Unis et Corée du Sud? Selon Séoul, Kim Jong Un s'en était fait une raison après avoir longtemps dénoncé une «provocation» mais l'accès de tension de cette semaine confirme que leur avenir sera sur la table des négociations.

«Le vent peut tourner très vite en fonction des intérêts, du moment ou de la volonté d'extorquer des concessions de l'autre partie», conclut Boris Toucas.



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