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Le tollé international se poursuit

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Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a réclamé mardi l'arrêt des opérations militaires contre les Rohingyas en Birmanie, peu après le discours à la nation birmane d'Aung San Suu Kyi qui n'a pas apporté de solution concrète à la crise en cours.

La Grande-Bretagne, l'ancienne puissance coloniale a le même jour annoncé qu'en raison de « la poursuite des violences », dont sont victimes les membres de cette minorité musulmane dans l'ouest de la Birmanie, elle suspendait son aide à l'entraînement de l'armée birmane, que les Nations unies et des ONG accusent de procéder à une « épuration ethnique ». Et ce jusqu'à un règlement « acceptable de la situation ».

De la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, Antonio Guterres a quant à lui appelé les autorités birmanes à « mettre fin aux opérations militaires et permettre un accès humanitaire sans restrictions » aux populations victimes des combats.

« Les opérations militaires doivent cesser, l'accès humanitaire doit être assuré et le droit rétabli, face à ce qui est, nous le savons, un nettoyage ethnique », a renchéri dans cette enceinte le président français Emmanuel Macron.

Quelques heures avant l'ouverture de l'Assemblée générale, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s'était dite disposée, dans une allocution télévisée en anglais, et sans sous-titres en birman, de Naypyidaw, la capitale de la Birmanie, à organiser le retour des 421 000 Rohingyas réfugiés au Bangladesh.

« Nous sommes prêts à commencer la vérification » des identités de ces personnes, en vue de leur retour, avait-elle déclaré sans préciser si les critères très restrictifs appliqués en la matière seraient assouplis.

L'opinion publique birmane est chauffée à blanc par les critiques internationales sur le sort des Rohingyas ayant fui au Bangladesh. Ils ont quitté la région de l'État Rakhine, où l'armée est engagée dans une vaste campagne de représailles depuis des attaques, le 25 août, de rebelles rohingyas.

En Birmanie, des milliers de personnes ont suivi dans les rues, sur des écrans géants, l'intervention de la lauréate du Prix Nobel de la Paix, munis de petits drapeaux nationaux et de pancartes affichant leur soutien à celle qui reste une icône dans son pays.

Les réfugiés sceptiques

Dans son discours, Aung San Suu Kyi, très critiquée pour son silence et sa froideur pendant ces plus de trois semaines de crise, a exhorté à mettre fin aux divisions religieuses entre bouddhistes, majoritaires, et musulmans.

Un message d'apaisement surtout destiné à la communauté internationale.

« Nous sommes profondément désolés pour les souffrances de tous ceux qui se sont retrouvés pris au piège de ce conflit », a-t-elle dit, évoquant les Rohingyas ayant fui en masse au Bangladesh, mais aussi les bouddhistes ayant déserté leurs villages.

Mais elle n'est pas allée jusqu'à publiquement critiquer l'armée birmane. Et si elle a promis de punir tous les abus, « encore faut-il que nous disposions de preuves solides » des exactions, a-t-elle ajouté.

Une position que regrette Amnestie internationale, qui dénonce la « politique de l'autruche » d'Aung San Suu Kyi car « il existe des preuves écrasantes que les forces de sécurité sont engagées dans une campagne de nettoyage ethnique ».

Les enquêteurs de l'ONU ont pour leur part demandé mardi un « accès complet et sans entrave » à la Birmanie, l'État Rakhine étant inaccessible aux observateurs et aux médias internationaux.

Les Rohingyas, plus grande population apatride du monde, sont traités depuis des années comme des étrangers dans ce pays à plus de 90% bouddhiste.

Victimes de discriminations depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics (écoles et hôpitaux).

Dans les camps au Bangladesh, les nouveaux réfugiés étaient sceptiques quant à la possibilité de retour évoquée par la dirigeante birmane.

« Mais comment prouverons-nous que nous sommes Birmans ? Nous n'avons pas de papiers », s'inquiétait ainsi Abdur Razzak.

Les forces de l'ordre bangladaises tentaient de maîtriser cette marée humaine, tandis que les nouveaux arrivants, dans l'impossibilité de s'installer dans des camps bondés, campaient sur les bords des routes, dans les champs et les forêts.

Mardi, les autorités ont détruit des abris à proximité du grand camp de Kutupalong.

Amina Khatun, 70 ans, avait d'abord établi une tente dans une plantation de caoutchouc, d'où elle avait été chassée. Elle s'était ensuite abritée dans une école, elle en avait également été expulsée.

« Nous courons partout comme des poulets décapités. Ils nous disent de partir maintenant. Pourquoi ? » se lamentait-elle auprès de l'AFP.



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