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L'opposition défie Maduro

L'opposition défie Maduro

Julio Borges (centre)Photo AFP

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Portée par le vote massif de 7,2 millions de Vénézuéliens lors de la consultation symbolique contre Nicolas Maduro, l'opposition fixe lundi sa stratégie pour tenter de stopper le projet du président socialiste de modifier la Constitution.

«Le monde et (le palais présidentiel de) Miraflores doivent écouter le cri de tout un pays (...). À présent, nous devons matérialiser le mandat que nous avons reçu», a déclaré lundi dans une interview radio Julio Borges, le président du Parlement, contrôlé par les antichavistes, du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Maduro est l'héritier.

Après plus de trois mois de manifestations violentes qui ont fait 96 morts dans ce pays en crise, la coalition à l'origine du scrutin, la Table de l'Unité démocratique (MUD), espère provoquer des élections anticipées avant la fin du mandat de M. Maduro en décembre 2018.

La Constituante, dont les 545 membres doivent être élus le 30 juillet, vise officiellement à apporter paix et stabilité économique au pays. Mais l'opposition pense qu'elle servira à contourner l'Assemblée nationale, où elle détient la majorité depuis 2016 après 17 ans de domination chaviste.

Plus de 7 millions de Vénézuéliens sur 19 millions d'électeurs potentiels ont participé à la consultation populaire, organisée sans l'aval des autorités et légalement non contraignante, selon 95% des bulletins dépouillés.

Selon M. Borges, une fois les 5% restant dépouillés, la participation pourrait s'élever à 7,5 millions de voix, ce qui serait mathématiquement suffisant pour révoquer le mandat de M. Maduro si un référendum avait lieu.

D'après ces résultats, 98,3% des votants ont répondu «oui» aux trois questions posées : rejet de la Constituante, obligation pour les Forces armées de respecter la Constitution actuelle, et soutien à des élections en vue d'un gouvernement d'«unité nationale».

Une femme de 61 ans a été tuée et trois personnes blessées lors du scrutin par des hommes en moto visant des électeurs faisant la queue devant un bureau à vote à Caracas.

L'opposition avait tenté d'organiser un référendum révocatoire en 2016, mais le processus avait été bloqué par les autorités électorales. Lors des dernières législatives de fin 2015, l'opposition avait rassemblé 7,7 millions de voix.

«Ne pas perdre la tête»

«On perçoit une demande de changement politique persistant dans le temps», a dit à l'AFP le politologue John Magdaleno.

«L'opposition doit avoir une feuille de route, après avoir suscité tant d'espoir. Sinon, sa légitimité peut en prendre un coup, le peuple attend des actions fermes», a commenté pour sa part Felix Seijas, directeur de l'institut de sondages Delphos.

Du côté du gouvernement, la consultation est considérée «illégale».

Sollicitant une «opportunité» pour son projet, Maduro a demandé dimanche à ses opposants de «ne pas perdre la tête» avec les résultats de la consultation et de «venir s'asseoir pour discuter».

Pour éviter que l'opposition occupe tout le terrain dimanche, le gouvernement avait invité les citoyens à venir s'informer sur le scrutin du 30 juillet et tester les machines qui serviront au vote.

Le président peut compter sur le soutien des autorités électorales, judiciaires (sauf la procureure générale, menacée de destitution) et de l'armée.

Les défis

Le défi de l'opposition est désormais de se servir des résultats pour «fracturer l'adversaire, ce qui pourrait faire pression en faveur d'une négociation qui déboucherait sur une opportunité pacifique de changement», a estimé Luis Vicente Leon, président de l'institut de sondages Datanalisis.

En face, le gouvernement devra éviter une faible participation le 30 juillet, car la Constituante aurait alors une «légitimité» amoindrie. Selon Datanalisis, 70% des Vénézuéliens rejettent le projet.

La consultation symbolique de dimanche a reçu le soutien d'associations de la Société civile, des Nations unies, de l'Organisation des États américains (OEA), des États unis et de plusieurs gouvernements d'Amérique latine et d'Europe.

Cinq anciens présidents latino-américains sont venus en tant qu' «observateurs internationaux» du scrutin, Jorge Quiroga (Bolivie), Vicente Fox (Mexique), Andres Pastrana (Colombie), Laura Chinchilla et Miguel Angel Rodriguez (Costa Rica).

L'opposition accuse le gouvernement d'être responsable de la crise économique qui étouffe le Venezuela, frappé de plein fouet par la chute des cours du pétrole alors que 95% des devises proviennent de l'or noir. L'inflation est à trois chiffres et aliments et médicaments sont soumis à des pénuries.



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