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Les journalistes mexicains exigent la justice après la mort de Valdez

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MEXICO | Un mois après l'assassinat du journaliste mexicain Javier Valdez, spécialiste du narcotrafic, plusieurs manifestations se sont déroulées jeudi dans le pays pour réclamer justice alors que l'enquête semble au point mort.

Valdez, 50 ans, pigiste de l'AFP, avait été abattu en plein jour le 15 mai à Culiacan, dans l'État de Sinaloa (nord), près des locaux de la revue Riodoce qu'il avait fondée.

A Culiacan, environ 500 personnes, parmi lesquelles des journalistes et militants des droits de l'homme ont défilé entre la cathédrale et le siège du gouvernement de Sinaloa. En tête de cortège se trouvait Griselda Triana, la veuve de Valdez.

«J'ai peur, j'ai peur de parler, j'ai peur surtout pour mes enfants», a-t-elle déclaré à la presse.

«Tu te rends compte qu'il n'y a pas de gouvernement, pas d'autorité réellement», a-t-elle commenté, dénonçant la lenteur de l'enquête, qui démontre «le manque d'intérêt des autorités et leur incapacité» à résoudre cette affaire.

Ismael Bojorquez, cofondateur de la revue Riodoce, a exigé du gouvernement de l'État six actions concrètes pour faire la lumière sur ce crime et résoudre le problème de la sécurité dans cet État.

«Nous ne voulons pas que se dilue la responsabilité», a-t-il clamé.

À Mexico, environ 300 personnes se sont rassemblées devant le palais de Bellas Artes, dans le centre historique, en scandant des slogans «Javier Valdez, justice!» et «Pas un de plus!».

Ils ont énuméré la liste des journalistes tués au Mexique ces dernières années et déployé un grand drapeau mexicain sur lequel était inscrit: «L'État est mort».

«Assez de sang»

En milieu de journée, un journaliste avait perturbé une intervention du président mexicain Enrique Peña Nieto.

«Assez de sang. Réagissez président. #PasUndeplus», pouvait-on lire sur une pancarte brandie par ce journaliste de la revue Proceso, qui a interrompu le discours du président.

«Laissez-le messieurs (...) qu'il montre son panneau. Nous sommes en train de parler (...) de liberté d'expression», a réagi le président alors que la sécurité s'apprêtait à évacuer le journaliste.

La mort de Valdez avait suscité une vague de condamnations de gouvernements étrangers. Cela avait conduit, quelques jours plus tard, le président Enrique Peña Nieto à s'exprimer pour la première fois publiquement sur la mort d'un journaliste au Mexique.

Des médias nationaux et étrangers ont par ailleurs adressé une lettre ouverte aux autorités demandant la fin de l'impunité.

Le chef d'État s'est engagé à renforcer et étendre les mécanismes de protection des reporters, ainsi qu'à combattre l'impunité dans un pays où plus de 90% de ce type de crimes restent impunis.

Depuis le début d'année, au moins quatre autres journalistes ont été tués au Mexique: Cecilio Pineda, Ricardo Monlui, Miroslava Breach et Maximino Rodriguez.

Un autre, Salvador Adame, qui dirigeait une chaîne de télévision locale dans l'Etat de Michoacan, est porté disparu depuis son enlèvement par des hommes armés le 18 mai.

Selon RSF, le Mexique est le troisième pays le plus dangereux au monde pour exercer l'activité de journaliste après la Syrie et l'Afghanistan.

Enquête au point mort

Un mois après l'assassinat, l'enquête semble toujours au point mort.

Résonnant comme un aveu d'impuissance, le ministère mexicain de la Justice a offert mardi 81.500 dollars pour toute information permettant de remonter aux assassins de Pineda, Valdez, Rodriguez et Breach.

Selon ses collègues à Riodoce, la mort de Javier Valdez pourrait être liée à l'interview d'un des leaders du cartel de Sinaloa qu'il avait réalisée en février.

Ce narcotrafiquant, Damaso Lopez Nunez alias "El Licendiado" (le diplômé), arrêté depuis à Mexico, était en lutte pour le contrôle de ce groupe criminel face aux fils de Joaquin «El Chapo» Guzman, extradé en janvier vers les États-Unis.

L'interview a «beaucoup dérangé» du côté des fils de «El Chapo» confiait en mai à l'AFP Ismael Bojorquez, le directeur de la revue.

Un groupe de journalistes américains a par ailleurs lancé un mouvement demandant aux médias de publier des articles sur Valdez et d'y associer le hashtag "#nuestravozesnuestrafuerza" (Notre voix est notre force).



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