Ivan Couronne
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55 jours plus tard, qu'a accompli Donald Trump?

55 jours plus tard, qu'a accompli Donald Trump?

Donald Trump.Photo Archives / AFP

Ivan Couronne

WASHINGTON - Donald Trump voulait agir vite, mais 55 jours après son arrivée à la Maison-Blanche, le président américain a peu accompli, freiné par la justice, le Congrès et son propre style de gestion.

Deux de ses promesses phares n'ont toujours pas vu le jour.

Sur la fermeture des frontières aux réfugiés et aux ressortissants de plusieurs pays musulmans, la justice fédérale a bloqué les deux versions de son décret.

Quant à l'abrogation d'«Obamacare», la loi sur la couverture-maladie de son prédécesseur, elle a pris du retard au Congrès où enfle une fronde interne au parti républicain.

Ces premiers mois témoignent tant des limites constitutionnelles du pouvoir présidentiel américain que du lent apprentissage de l'homme d'affaires, un outsider de la politique entouré de novices.

«Ils sont très en retard sur tout ce qu'ils voulaient faire dans les premières semaines», dit le professeur de science politique Steven Smith, de l'Université Washington à St. Louis.

La réforme républicaine de la couverture-maladie est un cas d'école.

«L'équipe de campagne et de transition de Trump n'avait pas de plan pour remplacer Obamacare», explique le politologue à l'AFP. «Cela a forcé les parlementaires républicains à prendre plus de temps pour préparer une loi».

Le bilan n'est pourtant pas nul.

Accomplissements

«Nous sommes au pouvoir depuis 50 jours, et nous avons commencé à appliquer mon projet de l'Amérique d'abord», a déclaré Donald Trump lors d'un meeting mercredi. «Nous tenons nos promesses».

Parmi ses indéniables accomplissements figure celui d'avoir commencé à changer la culture de la capitale fédérale, en installant des personnalités extérieures au monde politique, notamment un grand nombre d'entrepreneurs, mais aussi des membres de l'organisation Trump ou de sa famille, comme son gendre Jared Kushner.

Sur le plan économique, la Bourse a battu des records, et le chômage baisse.

Le 45e président a tenu parole sur un grand nombre d'engagements: retrait du traité commercial transpacifique (TPP); relance du projet d'oléoduc Keystone XL; gel des embauches de fonctionnaires.

Contre l'immigration clandestine, il a lâché la bride des agents, qui ont procédé à des expulsions médiatisées.

Le nombre d'interpellations de clandestins traversant la frontière mexicaine a baissé de 40% entre janvier et février, selon le département de la Sécurité intérieure, alors qu'elles augmentent habituellement.

Gestion chaotique

Mais aucune loi majeure n'a été adoptée par le Congrès et promulguée par Donald Trump, si ce n'est trois abrogations de réglementations de l'ère Obama dans la finance, l'environnement et sur les armes à feu.

À ce stade de sa présidence en 2009, Barack Obama avait déjà signé une gigantesque loi de relance de l'économie pour répondre à la grave crise financière.

Les 30 décrets signés sont pour la plupart des déclarations d'intention ou ne produiront leurs résultats qu'à long terme.

La saga du décret fermant les frontières aux ressortissants de certains pays musulmans illustre la relative improvisation qui a marqué le début du mandat.

C'est en partie dû au fait que son équipe gouvernementale n'est toujours pas pleinement en place, en raison de l'obstruction sans précédent de l'opposition démocrate au Sénat.

Mais la volonté d'agir vite et en court-circuitant certains garde-fous institutionnels a paradoxalement brouillé le message présidentiel, notamment en politique étrangère.

«Le style de management du président est très difficile à discerner», estime Steven Smith. «Parfois il se précipite sur un sujet et dicte les moindres détails, et parfois il semble se désintéresser et laisse faire les autres».

«État profond»

Le républicain a aussi dépensé une partie de son capital politique à commenter l'affaire de l'ingérence russe dans la campagne présidentielle, réfutant toute collusion entre son entourage et Moscou. Ses interventions dérangent au sein de la majorité, qui préférerait éviter ce parasitage.

Face aux blocages, le président et ses supporteurs ont dénoncé des juges partisans, mais aussi un «État profond» («deep state»), c'est-à-dire un complot de bureaucrates déterminés à saper clandestinement son action, notamment au sein des services de renseignement avec des fuites dans la presse.

Un concept qui séduit une partie de la droite américaine, mais peine à convaincre les experts.

«D'après mon expérience, la grande majorité des fuites à Washington viennent de la Maison-Blanche et du Congrès, pas de la communauté du renseignement», a écrit John Sipher, ancien de la CIA, sur le site The Cipher Brief.




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