Anne Renaut
AFP

Trump en guerre ouverte avec ses espions

Anne Renaut

Dernière mise à jour: 12-01-2017 | 13h52

WASHINGTON - Pas encore investi président, Donald Trump a creusé un fossé avec ses futurs services de renseignement, qu'il a accusés publiquement et tour à tour d'incompétence et de déloyauté, tandis que ses futurs ministres exprimaient à leur égard du respect.

Le futur directeur de la CIA Mike Pompeo s'est retrouvé jeudi devant le Congrès dans une position inconfortable, nommé par un président élu qui a conspué les agences de renseignement pour diriger la plus célèbre d'entre elles.

Sur Twitter puis lors de sa première conférence de presse depuis son élection le 8 novembre, Donald Trump a accusé publiquement les services de renseignement d'être à l'origine de la diffusion dans la presse d'un rapport non vérifié évoquant des liens présumés de longue date avec la Russie et d'autres informations compromettantes.

Les chefs espions ont présenté à Donald Trump un résumé de ce rapport vendredi, selon CNN et plusieurs autres médias.

«C'est scandaleux, scandaleux, que les agences de renseignements aient permis (la publication) d'une information qui s'est révélée être erronée et fausse», a-t-il tonné, ajoutant que «c'est le genre de choses que l'Allemagne nazie aurait fait et a fait».

Il s'en est pris aussi aux médias dont le site Buzzfeed, premier à mettre en ligne ce rapport, qualifié de «tas d'ordures».

Appel de Clapper

Ses critiques lui ont valu d'être appelé au téléphone par le directeur du renseignement James Clapper, qui lui a dit combien il était «consterné» par la fuite de ce document non vérifié le liant à la Russie. M. Clapper a aussi affirmé que ses services n'étaient pas à l'origine de ce texte ni de sa diffusion.

M. Trump s'est aussitôt réjoui sur Twitter d'avoir été appelé par le chef espion, en qualifiant une nouvelle fois le document de «mensonger et fictif».

Mais James Clapper, dont le bureau (ODNI) coordonne les 17 agences américaines de renseignements, s'est bien gardé pour sa part de qualifier le document, sur lequel ses services ne portent «aucun jugement quant à la fiabilité des informations» qu'il contient.

Il s'est seulement inquiété de sa mise en ligne, «extrêmement toxique et portant atteinte à la sécurité nationale».

Un expert du Council on Foreign Relations, Max Boot, connu pour ses positions anti-Trump, a suggéré dans le New York Times au président élu de «blanchir son nom» en nommant une commission spéciale d'enquête sur ces allégations.

Depuis son élection, Donald Trump a désavoué à plusieurs reprises les services qu'il va diriger après son investiture le 20 janvier, rejetant leurs conclusions sur les interférences de la Russie dans la campagne présidentielle.

Il est même allé jusqu'à accorder du crédit à Julian Assange, le fondateur du site WikiLeaks, fervent détracteur d'Hillary Clinton qui a nié que Moscou lui ait transmis les informations piratées du parti démocrate. Contrairement à ce qu'affirment les services américains.

Les réunions «quand j'en ai besoin»

Donald Trump a certes reconnu mercredi pour la première fois que la Russie était à l'origine des piratages du parti démocrate, mais il a aussitôt ajouté que les États-Unis étaient également piratés par «d'autres pays».

Le futur président avait aussi marqué sa défiance à l'égard des services en décembre en indiquant qu'il ne souhaitait pas recevoir leurs commentaires quotidiennement comme c'est la tradition. «Je les prends quand j'en ai besoin», avait-il déclaré.

Les futurs membres de son administration, entendus par le Congrès jeudi, se sont montrés plus affables à l'égard des services.

Le prochain chef du Pentagone James Mattis a affirmé qu'il accordait un «très très haut degré de confiance» au renseignement américain.

Le futur directeur de la CIA Mike Pompeo, de son côté, a attribué les piratages à «de hauts responsables en Russie».

La veille, le futur chef de la diplomatie Rex Tillerson avait jugé que la Russie représentait un «danger» et que les alliés de l'Otan avaient raison de s'alarmer.



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