Michael Mates
AFP

Charlotte: la police sous pression pour diffuser les images

Michael Mates

Dernière mise à jour: 23-09-2016 | 12h30

CHARLOTTE - La police de Charlotte, dans le sud-est des États-Unis, se trouvait sous une intense pression vendredi pour rendre publique une vidéo montrant l'homicide d'un Noir abattu par un policier, après une troisième nuit consécutive, relativement calme, de manifestations malgré l'instauration d'un couvre-feu.

Le refus par la police locale de publier cette vidéo contraste avec l'attitude des autorités de l'Oklahoma, où une affaire similaire est survenue vendredi dernier à Tulsa. La diffusion de vidéos avait alors permis une avancée rapide de l'enquête et l'inculpation quelques jours plus tard de la policière incriminée.

Les demandes pressantes des manifestants concernant les vidéos à Charlotte, en Caroline du Nord, où la nuit de jeudi à vendredi a été émaillée de violences sporadiques mais a été calme comparée aux deux précédentes, ont toutefois été entendues à moitié.

La police a accepté de montrer jeudi aux proches de Keith Lamont Scott, l'homme de 43 ans tué mardi, les images du drame. 

Mais celles-ci ne permettent pas d'éclaircir le point de discorde principal entre la police, qui affirme que Keith Scott tenait une arme à la main, et ses proches, qui affirment qu'il s'agissait d'un livre, selon l'un des avocats de la famille.

«J'aimerais qu'elle soit rendue publique», a concédé vendredi la maire de Charlotte, Jennifer Roberts, affirmant sur CNN que les discussions sur la question étaient en cours. 

Si elle affirme ne «pas avoir l'autorité, individuellement, pour réclamer que la vidéo soit publiée», la maire a défendu le «timing». «Nous voulons nous assurer, par exemple, que nous ne modifions pas le point de vue des témoins sur ce qui s'est passé», en diffusant ces images.

«Nous avons un passé de disparités raciales», a par ailleurs reconnu Jennifer Roberts. «Et nous travaillons dur dans cette ville pour combler ce fossé».

Transparence

La pression, elle, s'accentue et ne vient pas que de la rue. 

«Il n'y a aucune raison légale de cacher la vidéo au public et dans cette situation tendue, le meilleur moyen de dissiper la méfiance de la communauté est la transparence complète», a fustigé vendredi le New York Times.

La ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, s'est également prononcée à demi-mot en faveur d'une publication des images.

«Je ne vais pas donner de directives à la police tout de suite», a-t-elle expliqué jeudi. «Je pense toutefois que dans des situations où l'information est rendue publique, même quand cette information est difficile à regarder (...) le fait d'offrir une plus grande transparence est plus utile que l'inverse».

Cela s'est notamment vérifié à Tulsa, où un autre Noir, Terence Crutcher, a été abattu vendredi dernier alors qu'il était tenu en joue par les policiers après avoir marché jusqu'à son véhicule les mains en l'air.

La policière auteure du tir mortel a été inculpée jeudi d'homicide involontaire. Visée par un mandat d'écrou, elle a été libérée vendredi après avoir réglé une caution de 50 000 dollars.

Sur le terrain, l'atmosphère s'est nettement calmée la nuit dernière, comparée aux violences des deux nuits précédentes. 

Les forces de l'ordre, se sont tenues à l'écart des manifestants, et ont renoncé à faire appliquer le couvre-feu pour éviter de mettre de l'huile sur le feu.

Mis à part quelques manifestants dispersés au gaz lacrymogène sur une autoroute, la violence était absente à Charlotte, où plusieurs centaines de personnes protestaient sous l'oeil des militaires de la Garde nationale, venus en renfort. 

«J'ai entendu qu'à travers le pays, nous avons des problèmes entre la police et ma communauté noire», a expliqué à l'AFP Steven Miller, un manifestant de 24 ans. 

«Je veux être policier mais je ne veux pas l'être dans cette génération avec le conflit entre les deux. L'un ou l'autre groupe va me détester», a-t-il raconté dans la nuit.

La mort de Keith Scott, dénoncent les manifestants, est le dernier symbole en date des brutalités policières que subissent les Noirs aux États-Unis. Ces deux dernières années, les tensions raciales se sont électrisées dans un pays régulièrement choqué les homicides d'Afro-Américains, parfois non armés, abattus par la police. 

À Charlotte, assure la maire de la ville, le couvre-feu devrait se prolonger encore cette nuit.

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