David Courbet et Francesco Fontemaggi
AFP

Une «marche contre la peur» annulée à Bruxelles

David Courbet et Francesco Fontemaggi

Dernière mise à jour: 26-03-2016 | 23h08

BRUXELLES - La foule devrait continuer d'affluer dimanche sur une place de Bruxelles transformée en mémorial malgré l'annulation d'une «marche contre la peur», au lendemain de l'inculpation d'un suspect qui pourrait être le troisième homme de l'attentat contre l'aéroport de la capitale belge.

Alors que la traque du réseau jihadiste à l'origine des attaques de Bruxelles et Paris se poursuit, les autorités ont invoqué samedi des raisons de «sécurité» pour demander le report de «quelques semaines» de la marche, quatre jours après les attentats les plus meurtriers depuis 1945 en Belgique.

Les organisateurs, qui souhaitaient «montrer à ceux qui veulent nous mettre à genoux que nous resterons debout», ont acquiescé.

De nombreux Belges se réunissent quotidiennement depuis mardi place de la Bourse, au coeur de la capitale. Bougies, fleurs et petits mots écrits à la craie sur la chaussée ont transformé l'endroit en mémorial.

L'enquête sur les attentats-suicides à l'aéroport et dans le métro de Bruxelles, qui ont fait le 22 mars, selon un nouveau bilan, 31 morts et 340 blessés, dont 62 toujours en soins intensifs, a connu une avancée importante samedi: un premier suspect, Fayçal C., arrêté jeudi, a été inculpé pour «assassinats terroristes», a annoncé le parquet fédéral.

Il s'agit, selon une source proche de l'enquête, de Fayçal Cheffou, qui se prétendait journaliste indépendant dans une vidéo mise en ligne en 2014.

«L'homme au chapeau»

Les enquêteurs ont-ils mis la main sur «l'homme au chapeau» repéré mardi près des deux kamikazes de l'aéroport? C'est une «hypothèse», selon une source proche de l'enquête, en attendant une identification formelle.

Cet homme était arrivé à l'aéroport mardi matin avec les kamikazes Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui, tous deux liés aux attentats parisiens du 13 novembre, les plus meurtriers jamais commis en France (130 morts), qui ont été revendiqués - comme ceux de Bruxelles - par le groupe État islamique (EI).

Selon les enquêteurs, «l'homme au chapeau» avait «déposé un grand sac» contenant «la charge explosive la plus importante» avant de quitter l'aéroport. Mais sa bombe n'a pas explosé.

La structure de l'aéroport est restée «stable» malgré le double attentat-suicide, mais il restera néanmoins fermé au moins jusqu'à mardi, ont indiqué les autorités.

Samedi soir, plusieurs médias italiens citant la police ont également annoncé l'arrestation dans le sud du pays, sur demande de la justice belge, d'un Algérien, Djamal Eddine Ouali, dans le cadre d'une enquête sur des documents falsifiés utilisés par les kamikazes de Paris et de Bruxelles.

Un autre suspect non identifié est toujours recherché. Il a été aperçu avec un sac près du kamikaze du métro bruxellois, Khalid El Bakraoui, cadet d'Ibrahim.

Avec plus d'une trentaine d'hommes morts ou arrêtés, le réseau responsable des tueries de Paris et de Bruxelles «est en voie d'être anéanti», avait assuré vendredi le président français François Hollande, prévenant toutefois qu'«il y a d'autres réseaux».

La France dit en effet avoir déjoué un projet d'attentat «à un stade avancé» en arrêtant jeudi le Français Reda Kriket, ex-braqueur de 34 ans. Des armes et des explosifs ont été découverts dans un appartement en banlieue parisienne après son interpellation.

Là encore, les mouvances jihadistes française et belge semblent s'imbriquer en une seule. Kriket avait été condamné par contumace l'an dernier en Belgique dans le procès d'une filière jihadiste vers la Syrie, dont l'un des principaux prévenus n'était autre que le Belge Abdelhamid Abaaoud, figure des jihadistes francophones de l'EI et un des organisateurs présumés du 13 novembre.

Rabah N., arrêté vendredi à Bruxelles dans l'enquête franco-belge sur cet autre réseau, a également été inculpé par la justice belge pour «participation aux activités d'un groupe terroriste».

Concert de Johnny Hallyday

Alors que les autorités belges sont vivement critiquées pour n'avoir pas tout fait pour arrêter les suspects avant qu'ils agissent, les enquêteurs français et belges attendent beaucoup de Salah Abdeslam, pour faire, comme promis, «toute la lumière» sur ces réseaux. Suspect-clé du 13 novembre, arrêté à Bruxelles après plus de quatre mois de cavale au nez et à la barbe de la police belge, il a d'abord fait mine de collaborer en minimisant son rôle, avant de se murer dans le silence.

Pendant ce temps, le difficile travail d'identification des victimes - une quarantaine de nationalités au total - se poursuit. 24 personnes décédées ont été identifiées à ce stade, dont 11 ressortissants étrangers de huit nationalités, a indiqué samedi la justice belge. Parmi eux se trouvent au moins deux Américains (d'autres sont portés disparus), trois Néerlandais, un Français, un Britannique et une Suédoise.

Et samedi soir, le rockeur français Johnny Hallyday a électrisé Bruxelles pour un concert à guichet fermé, sous haute surveillance et retransmis en direct dans plus de 150 cinémas de France et de Belgique. Titre de sa tournée: «Rester vivant».

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