Matthieu Demeestere et Philippe Agret / AFP
Agence QMI

Bruxelles: les policiers accusés de négligence

Matthieu Demeestere et Philippe Agret / AFP

Dernière mise à jour: 24-03-2016 | 13h33

BRUXELLES - Le gouvernement belge a reconnu jeudi des «erreurs» dans la lutte contre le terrorisme, refusant toutefois la démission de deux de ses ministres, au troisième jour de deuil marqué par un sombre hommage solennel aux victimes des attentats de Bruxelles.  

Le premier ministre Charles Michel, qui a promis «toute la lumière» sur les attaques de mardi, a toutefois refusé la démission des ministres de l'Intérieur et de la Justice, Jan Jambon et Koen Geens, sous pression, après avoir admis des «erreurs» dans la lutte antiterroriste.

«Il ne pourra pas y avoir d'impunité (...) Il ne pourra pas y avoir de zones d'ombre», a insisté M. Michel, après les attaques kamikazes qui ont fait 31 morts et 300 blessés, selon un bilan provisoire.

Dans un rare symbole d'unité pour un royaume si souvent tiraillé entre Flamands et francophones, le couple royal ainsi que les représentants des différents gouvernements et parlements du royaume, ont honoré les victimes. 

«Nous ne céderons pas à la barbarie», a juré le premier ministre, ému, en présence du roi Philippe et de la reine Mathilde, des membres de son gouvernement et des chefs de l'exécutif européen.

«Naïveté belge»

À l'ouverture d'une réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE, consacrée aux réponses sécuritaires à apporter, le vice-président de la Commission Frans Timmermans a estimé qu'au delà des attentats de Bruxelles, «il y a une occasion pour les services de renseignement de travailler plus étroitement qu'ils ne le font».

Car, au delà des hommages, de l'angoisse et des larmes, les questions et les critiques parfois virulentes se multipliaient face à l'incapacité manifeste des Belges, et au delà des Européens, à se protéger.

Ainsi le président français François Hollande a exhorté «fermement» l'UE à agir contre le terrorisme en adoptant rapidement le registre européen de passagers aériens (PNR) et des mesures contre le trafic d'armes.

Depuis mardi, plusieurs responsables politiques français ont mis en cause les services de sécurité belges. Le ministre des Finances Michel Sapin avait ainsi évoqué une «forme de naïveté» belge face à la radicalisation islamiste et au communautarisme dans certains quartiers.

«Il y a eu des erreurs à la Justice et avec l'officier de liaison (belge) en Turquie», a reconnu le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon.

Le Belge Ibrahim El Bakraoui, qui s'est fait exploser mardi à l'aéroport de Bruxelles, avait été intercepté en juillet par la Turquie à la frontière syrienne puis expulsé vers les Pays-Bas, sans réaction apparente des autorités belges.

Pour autant, l'enquête sur les pires attentats terroristes jamais commis en Belgique progresse. Il est désormais établi que les trois kamikazes identifiés sur les sites des attentats -l'aéroport international de Bruxelles et la station de métro de Maelbeek - sont directement liés aux attentats de Paris (130 morts).

Selon le procureur fédéral belge, le frère d'Ibrahim, Khalid El Bakraoui, qui lui s'est fait sauter dans le métro, était recherché dans l'enquête sur les attaques de Paris pour avoir loué sous un faux nom un logement à Charleroi utilisé par certains assaillants du 13 novembre.

Quant au troisième kamikaze, Najim Laachraoui, dont des restes ont été identifiés à l'aéroport, il était recherché depuis que son ADN avait été trouvé dans plusieurs habitations louées par les commandos des attentats de Paris, ainsi que sur du matériel explosif utilisé lors de ces attaques, également revendiquées par l'EI.

Par ailleurs, deux suspects non identifiés sont en fuite et «activement recherchés».

«Espérer malgré tout»

Les trois kamizakes de Bruxelles -- déjà connus de la police, sinon recherchés -- ont également assisté dans sa longue cavale le seul survivant des commandos de Paris, Salah Abdeslam, capturé vendredi à Molenbeek, la commune de Bruxelles où il a grandi.

Ce Français de 26 ans, incarcéré à Bruges, souhaite désormais «partir en France le plus vite possible», après avoir refusé dans un premier temps, selon son avocat Sven Mary. À Paris, les familles du 13 novembre se sont félicitées de ce revirement.

L'émotion restait très palpable à Bruxelles alors que l'identification des 31 morts, selon un bilan toujours provisoire, s'avère très difficile. Seuls quatre d'entre eux ont pu être nommés jusqu'ici.

Sur les 300 blessés, 150 sont toujours hospitalisés, dont 61 en soins intensifs. Quatre des personnes hospitalisées, dans le coma, n'ont pas encore été identifiées, selon le ministère de la Santé.

Une page Facebook intitulée «Recherche Bruxelles» a été ouverte pour partager des informations sur les personnes portées disparues. 

Massimo Leonora est sans nouvelles de sa cousine Patricia Rizzo depuis plus de 48 heures. Il s'est rendu mercredi à l'hôpital de Neder Neder-Over-Heembeek. «Nous continuons à espérer et à croire qu'elle se trouve parmi les personnes vivantes non-identifiées Nos recherches continuent nuit et jour», a-t-il posté sur Facebook.

Transformée en mémorial depuis mardi, la place de la Bourse est envahie de témoignages de solidarité: messages à la craie, drapeaux, bougies, fleurs... 

Sur un rond-point proche de l'aéroport, des dizaines de bougies ont été disposées en forme de coeur. «I still love my airport job», clame une pancarte frappée de nombreux noms entourant un coeur rouge, le logo de l'aéroport.

L'aéroport restera fermé au trafic voyageurs jusqu'à dimanche inclus.

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