Karim Talbi, Gilles Campiom et Layal Abou Rahal
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Syrie: Poutine ordonne aux forces russes de se retirer

Syrie: Poutine ordonne aux forces russes de se retirer

Vladimir Poutine.Photo Archives / AFP

Karim Talbi, Gilles Campiom et Layal Abou Rahal

Dernière mise à jour: 14-03-2016 | 15h48

MOSCOU - Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi soir à la surprise générale le retrait de la majeure partie de son contingent militaire après deux semaines de cessez-le-feu en Syrie et au moment où s'ouvraient à Genève les négociations intersyriennes sur l'avenir du pays.

Le chef de l'État russe, qui a toujours la main sur l'échiquier syrien depuis l'irruption des bombardiers et des avions d'attaque au sol russes dans le ciel syrien le 30 septembre, a annoncé son nouveau coup de poker après avoir appelé son protégé au Proche-Orient, le président Bachar al-Assad.

«La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j'ordonne donc au ministère de la Défense d'entamer à partir de demain (NDLR: mardi) le retrait de la majeure partie de nos contingents militaires de la République arabe syrienne», a dit à la télévision M. Poutine au ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

«Néanmoins, pour permettre la surveillance de la trêve dans les combats, la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols», selon le communiqué du Kremlin.

La présidence russe ne précise pas quels types d'aéronefs assurent cette surveillance mais depuis l'entré en vigueur de la trêve le 27 février, les militaires russes ont eu recours à des drones déployés sur la base aérienne de Hmeïmim, dans la province de Lattaquié, dans le nord-ouest de la Syrie. Elle ne dit pas non plus si des avions de combat resteront basés en Syrie.

Depuis septembre, Moscou y a déployé plus de cinquante avions de combat qui ont visé des milliers de «cibles terroristes» en cinq mois de raids aériens intenses.

La marine russe a également fait étalage de toute sa puissance, tirant à partir de navires de guerre déployés dans la mer Caspienne ou de sous-marins dans la Méditerranée.

La force de frappe russe a permis à l'armée syrienne d'engranger des victoires alors qu'elle se trouvait en mauvaise posture l'été dernier. Les Occidentaux ont toutefois accusé la Russie de privilégier, notamment pendant les premiers mois, les frappes sur les rebelles plutôt que sur l'organisation jihadiste État islamique.

Le Kremlin indique que la décision du président russe fait l'objet d'un accord avec son homologue syrien: «Les dirigeants ont souligné que l'intervention des forces aériennes russes avait permis de radicalement changer la situation dans la lutte contre le terrorisme, de désorganiser les infrastructures des combattants (ennemis) et de leur porter un coup important».

Le sort d'Assad

L'annonce surprise du président russe est intervenue quelques heures après le début à Genève d'un nouveau cycle de négociations entre des représentants du régime syrien et de la très hétéroclite opposition syrienne.

Mais dès le premier jour, le sort réservé au président Bachar al-Assad faisait déjà débat et menaçait de faire capoter le processus de paix.

L'orchestrateur de ces discussions, Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, a affirmé que «la mère de toutes les questions» était de trouver un accord sur une transition politique. «Nous sommes à un moment de vérité», a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse en préambule de sa rencontre avec le négociateur en chef du régime de Damas, Bachar al-Jaafari.

À l'issue de ce premier entretien au Palais des Nations, M. De Mistura a expliqué qu'il avait «permis de clarifier un certain nombre de questions, notamment de procédure». «La prochaine rencontre (avec le régime), mercredi matin, sera centrée sur l'ordre du jour, qui est comme vous le savez celui fixé par la résolution 2254», a-t-il ajouté.

Ce document, adopté en décembre par le Conseil de Sécurité de l'ONU, prévoit la formation d'un organe de transition en Syrie dans les six mois et des élections dans les 12 mois suivants. 

«Nous voulons un dialogue entre Syriens, mais sans conditions préalables», a rétorqué M. Jaafari, ambassadeur de la Syrie à l'ONU, en réponse aux exigences de l'opposition qui réclame le départ du président Assad, vivant ou mort, avant toute solution politique.

L'opposition syrienne, représentée par le Haut comité des négociations (HCN) qui regroupe une myriade de groupes différents, veut la mise en place dans les six mois qui viennent d'un «organe de transition» doté de tous les pouvoirs. 

Mais pour Damas, il est hors de question de parler du sort du président Assad et la transition ne doit être qu'un simple remaniement ministériel avec un «gouvernement d'union» élargi à des opposants.

Le format de ces pourparlers prévoit des rencontres alternées de l'émissaire de l'ONU avec chaque délégation, car pour l'instant, il n'est pas prévu de rencontre directe entre les belligérants. 

La guerre en Syrie, qui a débuté en mars 2011 après la répression sanglante par le régime de manifestations prodémocratiques, s'est transformée en un conflit complexe impliquant une multitude d'acteurs locaux et internationaux. Elle a fait plus de 270 000 morts, poussé plus de la moitié des habitants à quitter leur foyer et ainsi provoqué une importante crise migratoire.

Entrée en vigueur à l'initiative des États-Unis et de la Russie, la trêve tient malgré quelques violations, et l'ONU avec ses partenaires ont pu apporter de l'aide à près de 250 000 personnes vivant dans des zones assiégées.

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