Lawrence Bartlett
AFP

Afrique du Sud: une «voleuse» de bébé trouvée coupable

Afrique du Sud: une «voleuse» de bébé trouvée coupable

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Lawrence Bartlett

LE CAP, Afrique du Sud - Un tribunal du Cap a déclaré jeudi coupable d'enlèvement une Sud-Africaine de 50 ans qui avait kidnappé un bébé dans une maternité il y a 18 ans pour l'élever ensuite comme sa fille, jusqu'à ce qu'une incroyable coïncidence fasse éclater la vérité l'année dernière.

«Vous êtes forcément la personne qui a enlevé l'enfant à l'hôpital», a lancé le juge John Hlophe, rejetant la version de l'accusée, qui affirmait que le bébé lui avait été remis par une inconnue dans le cadre d'un programme d'adoption.

«Votre histoire n'est rien d'autre qu'une fable et ce tribunal la rejette avec tout le mépris qu'elle mérite», lui a asséné le magistrat.

La cour a en outre refusé la demande de liberté sous caution déposée par l'accusée, dont le nom n'est pas révélé pour protéger sa victime et qui encourt jusqu'à 10 ans de prison, selon le juge. La sentence sera annoncée le 30 mai.

Dans la tribune, la mère biologique de la jeune fille de 18 ans a bruyamment sangloté à l'énoncé du verdict, alors que des cris d'enthousiasme s'élevaient des rangs du public.

La véritable identité de la jeune fille kidnappée, prénommée Zephany par ses parents biologiques, a été révélée début 2015, alors qu'elle avait 17 ans. Des lycéens avaient remarqué une troublante ressemblance entre Zephany, qui entrait alors en classe de terminale, et Cassidy Nurse, une nouvelle élève de son établissement, plus jeune qu'elle.

Celeste et Morne Nurse, les parents de Cassidy, qui n'avaient jamais abandonné l'espoir de retrouver Zephany et fêtaient chaque année son anniversaire, avaient alerté immédiatement la police.

Des tests ADN ont permis d'établir que les deux jeunes filles étaient effectivement sœurs et que Zephany était bien le bébé kidnappé en 1997. Sans le savoir, les deux familles habitaient à quelques kilomètres l'une de l'autre.

«Je peux prendre le bébé ?»

Deux versions s'opposaient dans cette affaire, qui a fait le bonheur des journaux sud-africains lorsqu'elle a été révélée l'an dernier.

Celeste Nurse, 36 ans, a raconté devant le tribunal ses souvenirs du moment précis où son enfant a disparu. Juste avant de s'assoupir sous l'effet de médicaments, elle dit avoir «vu une personne à la porte de la chambre», habillée en infirmière. «Cette personne m'a demandé "est-ce que je peux prendre le bébé?". J'ai dit "oui" et c'est tout ce dont je me souviens».

Dans le box des accusés, à quelques mètres de Mme Nurse, l'accusée a livré une toute autre version de l'histoire. Après plusieurs fausses couches, elle affirme avoir décidé un jour de décembre 1996 d'adopter un bébé, sans rien en dire à son mari. Elle dit avoir contacté et payé une femme pour lui trouver un enfant.

Cinq mois plus tard, cette femme, dont elle ignore l'identité, lui remet un bébé de trois jours enveloppé dans une couverture, dans une gare de la ville du Cap. Le bébé n'est autre que Zephany, kidnappée quelques heures plus tôt alors qu'elle dormait près de sa mère.

Depuis, l'accusée avait toujours affirmé être la mère biologique de l'enfant, et il semble que son mari n'ait jamais été mis au courant de la supercherie.

Problème: parmi plusieurs témoins qui assurent avoir vu une inconnue habillée en infirmière dans l'hôpital le jour du rapt, une personne a formellement reconnu la ravisseuse.

Par ailleurs, lui a lancé le juge: «Votre version s'est totalement désintégrée pendant l'interrogatoire du procureur».

Selon la presse sud-africaine, la jeune fille, qui aura 19 ans en avril, aurait vécu une enfance heureuse et aurait toujours cru que ses parents adoptifs étaient sa vraie famille.

L'accusée n'a pas été autorisée à revoir Zephany depuis le 26 février 2015, date de son arrestation.

Zephany, dont le nom d'usage est inconnu, a été protégée des médias. Certains journaux locaux croient savoir cependant qu'elle vit toujours avec son père adoptif, alors que d'autres affirment que, déstabilisée par l'affaire, elle a quitté l'école pour vivre avec son petit ami.

Interrogé par l'AFP en marge de l'audience, le père biologique a assuré qu'elle avait «quelques contacts» avec sa fille retrouvée, mais n'a pas souhaité en dire plus.

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