Bojan Kavcic
AFP

La route des Balkans est fermée aux migrants

Les migrants s'entassent à Idomeni, en Grèce

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Bojan Kavcic

Dernière mise à jour: 09-03-2016 | 13h47

LJUBLJANA, Slovénie - La route des Balkans s'est fermée mercredi après la décision de la Slovénie de ne plus laisser passer de réfugiés par son territoire, une mesure destinée à décourager de nouveaux migrants de partir pour l'Europe, mais qui accentue le risque de crise humanitaire en Grèce.

«La route (des Balkans) pour l'immigration clandestine n'existe plus», s'est félicité le Premier ministre slovène Miro Cerar, dont la décision a été suivie par la Croatie et la Serbie. Depuis lundi, la Macédoine n'a plus laissé entrer aucun migrant depuis la Grèce.

Sauf exceptions «humanitaires», seuls sont désormais autorisés à entrer dans ces pays les migrants désirant y demander l'asile, une infime minorité parmi les quelque 850 000 personnes qui ont débarqué sur les îles grecques l'an passé, depuis les côtes Turques, pour rejoindre le nord de l'Europe, principalement l'Allemagne.

Depuis l'été, un corridor laissant passer les candidats à l'asile le long de cet itinéraire s'était de fait mis en place. Mais après des restrictions en série imposées ces dernières semaines aux frontières, de la Macédoine à l'Autriche, le nombre de migrants admis s'était déjà réduit à peau de chagrin.

La décision de Ljubljana augmente un peu plus la pression sur l'Union européenne et la Turquie pour finaliser un accord destiné à juguler le flux de réfugiés.

Le volet le plus spectaculaire de cette ébauche d'accord, contesté par les ONG et qui ne fait pas l'unanimité parmi les 28, verrait la Turquie accepter la réadmission sur son territoire de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les Syriens qui fuient la guerre dans leur pays.

En échange, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à transférer un réfugié syrien depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

«On retire aux gens l'incitation à se rendre en Europe. C'est la fin du laisser-passer, qui a attiré un nombre toujours plus important de migrants», s'est félicité le chef de la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz, après la décision slovène.

Conséquence immédiate: quelque 1500 à 2000 migrants sont bloqués en Serbie d'où ils ne peuvent poursuivre leur route, selon la mission du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

La Hongrie a annoncé des renforts en hommes à ses frontières, déjà équipées de barbelés côtés serbe et croate. L'état de «crise migratoire», en vigueur depuis plusieurs mois dans les régions frontalières par lesquelles avaient transité durant l'été des milliers de migrants, a été élargi au niveau national par le gouvernement populiste de Viktor Orban.

Irakien de retour à la case départ

La Grèce tente de convaincre les quelque 40 000 migrants coincés dans le pays de gagner les centres d'accueil installés dans l'urgence, pour éviter que la situation ne dérape à sa frontière nord avec la Macédoine.

À cette frontière, environ 14 000 personnes, Syriens et Irakiens en majorité, dont de nombreux enfants, tentaient d'imaginer leur avenir, les pieds dans la boue d'un camp engorgé. «Nous espérons qu'un miracle se produise», confiait Ola, un Syrien de 15 ans coincé avec sa famille depuis deux semaines.

Vu la situation intenable près du poste-frontière d'Idomeni, Amar Al Bayati, un professeur irakien de physique, est revenu dans la région d'Athènes avec sa femme et ses trois enfants. Il explique avoir «directement demandé à participer au programme de relocalisation», qui peine toujours à se mettre en oeuvre.

Athènes, qui va toucher une aide financière de l'UE, a aussi prévu l'embauche de 5000 chômeurs, affectés aux centres d'accueil pour réfugiés.

Les dirigeants européens doivent étudier et finaliser le plan d'action avec la Turquie, censé «changer la donne» pour les réfugiés, d'ici un prochain sommet prévu les 17 et 18 mars à Bruxelles.

Mercredi à Strasbourg, les eurodéputés de tout bord ont tiré à boulet rouge sur ce projet d'accord, accusant les dirigeants européens d'avoir «cédé au chantage» d'Ankara.

«Nous voyons des accusations injustes contre la Turquie. (...) C'est comme si cet argent était donné à la Turquie. Comme si la Turquie mendiait», a regretté le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu.

Le Haut commissaire aux réfugiés de l'ONU, Filippo Grandi, s'était dit «profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d'un pays à un autre».

À Bruxelles, Ankara a aussi exigé le doublement de 3 à 6 milliards d'euros (4,38 à 8,75 milliards $) de l'aide promise par l'Europe pour l'accueil des 2,7 millions de Syriens déjà sur son sol. La Turquie a également sollicité la levée «d'ici juin» des visas imposés par les pays de l'espace Schengen à ses citoyens.

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