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Migrants: Turquie et Grèce promettent de coopérer

Migrants: Turquie et Grèce promettent de coopérer

Des migrants marchent près de la frontières entre la Grèce et la Macédoine.Photo Dimitat Dilkoff / AFP

ISTANBUL - La Turquie et la Grèce ont promis mardi de coopérer pour mettre en oeuvre le nouveau plan d'action dévoilé la veille à Bruxelles pour «changer la donne» dans la crise des migrants qui affluent vers l'Europe, dont la légalité inquiète déjà l'ONU et les ONG.

Sur les côtes de la mer Égée, d'où continuent à s'élancer chaque jour des centaines de candidats à l'exil vers l'Union européenne (UE), les premiers ministres turc Ahmet Davutoglu et grec Alexis Tsipras ont affiché leur «approche commune» sur ce dossier.

«Dans les décisions qui ont été prise hier, la coopération entre la Turquie et la Grèce est vitale», a souligné M. Davutoglu devant la presse. «Nous sommes en train de mettre en forme de cette coopération de façon à ce que dans les semaines et les mois qui viennent, la mer Égée ne soit plus une mer de tristesse et de désespoir dans laquelle des innocents perdent la vie», a-t-il ajouté.

Après des tractations laborieuses à Bruxelles, les dirigeants européens se sont séparés dans la nuit sans accord définitif mais avec en main de propositions turques nouvelles et inattendues, qu'ils se sont promis d'étudier et de finaliser d'ici dix jours et un prochain sommet prévu les 17 et 18 mars dans la capitale belge.

Aux termes de la plus spectaculaire, Ankara accepterait la réadmission sur son territoire de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les Syriens qui fuient la guerre dans leur pays, à condition que les Européens s'engagent, pour chacun d'entre eux, à transférer un réfugié depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

L'objectif est de lancer un message à tous les candidats au voyage vers l'Europe: les migrants économiques seront renvoyés, et les demandeurs d'asile ont tout intérêt à déposer leur requête en Turquie pour espérer un transfert sans danger vers l'UE.

«Monnaie d'échange»

Le président du Conseil européen Donald Tusk a voulu y voir un net progrès. «Le temps des migrations irrégulières en Europe est révolu», s'est-il félicité.

Mais le haut-commissaire aux réfugiés de l'ONU, Filippo Grandi, s'est déjà dit «profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d'un pays à un autre, qui ne détaillerait pas les garanties de protection des réfugiés en vertu du droit international».

Amnistie internationale a jugé la proposition turque «déshumanisante» et un responsable de Human Rights Watch, Bill Frelick, a estimé que les réfugiés ne devaient pas être traités «comme une monnaie d'échange». 

En échange de sa proposition «choc», la Turquie a promis d'accélérer la mise en œuvre d'un accord de «réadmission» datant de 2002, qui prévoyait qu'elle reprenne à partir de juin les migrants «économiques» pour les expulser vers leurs pays d'origine. Ankara et Athènes ont renouvelé mardi par écrit cet engagement.

«Nous avons signé aujourd'hui un accord très important sur les réfugiés et la réadmission des réfugiés, il y a volonté claire de résoudre nos problèmes mutuels», s'est réjoui M. Tsipras. «Nous voulons lutter contre l'immigration illégale», a-t-il réaffirmé.

À Bruxelles, Ankara a aussi exigé le doublement de 3 à 6 milliards d'euros de l'aide promise par l'Europe pour l'accueil des 2,7 millions de Syriens déjà sur son sol. Une première partie de ces fonds sera disponible "la semaine prochaine», selon M. Davutoglu

«Non» de Chypre

Dans la perspective d'adhérer à l'UE, M. Davutoglu a également souhaité l'ouverture de cinq chapitres de négociations «aussi vite que possible».

Sans surprise, Chypre s'est dit mardi opposée à cette accélération. «L'ouverture de tout chapitre nécessite de la Turquie qu'elle remplisse ses obligations», a rappelé le porte-parole du gouvernement Nicos Christodoulides. L'île méditerranéenne est divisée depuis l'invasion en 1974 de sa partie nord par la Turquie.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur turc a également sollicité la levée «d'ici juin» des visas imposés par les pays de l'espace Schengen à ses citoyens.

«C'est un bon accord, qui va changer la donne», s'est réjoui dans la nuit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, jugeant qu'il allait «briser le "business model" des passeurs» et «soulager» la Grèce, au bord de la crise humanitaire.

Les Turcs avaient déjà scellé fin novembre un «plan d'action« avec l'UE pour stopper les migrants en renforçant notamment la lutte contre les passeurs. Mais 15 000 à 20 000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu'à l'automne mais encore trop pour l'UE.

En marge des discussions avec Ankara, une querelle a éclaté entre Européens autour de la route migratoire des Balkans, empruntée l'an dernier par plus de 850 000 migrants. Un projet de déclaration finale du sommet mentionnait que «cette route est désormais fermée», mais certains pays comme l'Allemagne ont émis de fortes réserves, conduisant à supprimer cette formulation.

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