Alix Rijckaert et Philippe Agret
AFP

Migrants: 25 morts dans un naufrage, rencontre avec la Turquie

Migrants: 25 morts dans un naufrage, rencontre avec la Turquie

Des milliers de migrants s'entassent à Idomeni, en Grèce. Photo Dimitar Dilkoff / AFP

Alix Rijckaert et Philippe Agret

Dernière mise à jour: 06-03-2016 | 14h53

BRUXELLES, Belgique - L'Union européenne va faire pression lundi à Bruxelles sur la Turquie pour qu'elle l'aide à endiguer la crise migratoire qui s'est traduite dimanche par un nouveau drame ayant coûté la vie à 25 naufragés en mer Égée.

Parallèlement, l'Union est prête à assister la Grèce qui s'attend à devoir accueillir encore 100 000 migrants d'ici fin mars en provenance du voisin turc.

Les 28 déjeuneront avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, au moment où l'arrivée de 1,25 million de demandeurs d'asile divise comme jamais le bloc européen.

Ce nouveau sommet extraordinaire survient dans un climat de frictions récurrentes entre l'UE et la Turquie, candidate de longue date à l'adhésion, les Européens s'inquiétant de la répression contre les médias critiques du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

M. Davutoglu sera à Bruxelles dès dimanche soir pour «préparer le sommet» à huis clos avec la chancelière allemande Angela Merkel. Avant son départ d'Istanbul, il a affirmé que son pays avait fait des «pas importants» pour respecter sa part du «plan d'action» conclu en novembre avec l'UE afin de stopper les migrants quittant par milliers la côte anatolienne à destination des îles grecques.

Au moins 25 migrants, dont dix enfants, ont encore péri dimanche dans un naufrage au large de la Turquie.

Coopération avec Ankara

Après une récente tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cru déceler «un consensus européen (...) autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux» migratoires.

Sa solution: appliquer à la lettre les règles de libre circulation de l'espace Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les seuls demandeurs d'asile. Ce qui doit permettre de lever d'ici fin 2016 les contrôles frontaliers décidés unilatéralement à l'intérieur de l'UE, puis d'expulser tous les «migrants économiques» vers la Turquie qui les renverra vers leur pays d'origine.

Ankara devrait ainsi s'engager à accepter au 1er juin des «réadmissions» en Turquie de migrants irréguliers venant des îles grecques.

«On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants» déboutés de leur demande d'asile, veut croire M. Tusk.

Les Européens veulent aussi que la Turquie renforce la lutte contre les passeurs qui trafiquent au large de ses côtes, avec l'aide de navires de l'OTAN en mer Égée.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, s'est félicité dimanche de l'extension de ce déploiement naval qui pourra désormais «opérer dans les eaux territoriales» de la Grèce et de la Turquie, «en étroite coordination» avec ces deux pays.

La situation humanitaire reste néanmoins dramatique. Plus de 30 000 migrants demeurent bloqués en Grèce dans des conditions misérables en raison des restrictions imposées par plusieurs pays des Balkans.

La Macédoine a réduit tout au long de la semaine le nombre des entrées de migrants, pour n'en accepter qu'une centaine dimanche.

Solidarité avec Athènes

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a qualifié dimanche d'«urgence absolue» le transfert de milliers de migrants vers d'autres pays de l'UE.

L'UE doit rapidement débloquer une enveloppe inédite de 700 millions d'euros (1,03 milliard $) sur trois ans pour aider la Grèce, plongée dans une terrible crise économique. Et lui fournir les moyens de mieux contrôler sa frontière extérieure, qui est aussi celle de l'UE, via l'agence européenne Frontex.

Mme Merkel a jugé dimanche que «l'Union européenne doit et va soutenir la Grèce de façon solidaire».

De 15 000 à 20 000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques - moins qu'à l'automne mais en nombres «beaucoup trop élevés», s'alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues lorsque le printemps rendra la traversée moins dangereuse.

En échange de sa coopération, Ankara a obtenu des contreparties substantielles: la suppression, peut-être dès l'automne, des visas imposés aux ressortissants turcs et surtout une relance de son processus d'adhésion à l'UE, sans oublier trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays.

«Ce n'est que de l'argent gaspillé. La Turquie n'est ni capable ni prête à faire quoi que ce soit des migrants», a commenté dimanche le président tchèque Milos Zeman, connu pour ses déclarations musclées.

Après le déjeuner avec M. Davutoglu, les 28 se retrouveront pour un sommet informel, et s'efforceront de tenter de remettre un peu de discipline collective au sein du bloc.

Plusieurs États membres refusent en effet de mettre en oeuvre la répartition de 160 000 réfugiés au sein de l'UE, agréée en septembre pour soulager la Grèce et l'Italie.

Aussi sur Canoe.ca



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos