Natalia Ramos
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Brésil: l'ex-président Lula ne «craint pas» la justice

Brésil: l'ex-président Lula ne «craint pas» la justice

Lula da Silva.Photo Archives / AFP

Natalia Ramos

Dernière mise à jour: 04-03-2016 | 15h36

SAO PAULO - L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a affirmé ne pas craindre la justice et clamé son indignation vendredi après avoir été interpellé par la police dans le cadre de l'enquête sur le scandale de corruption Petrobras.

«Je me suis senti prisonnier ce matin» dans les locaux de la police fédérale situés à l'aéroport de Congonhas, à Sao Paulo, a déclaré Lula au siège du Parti des travailleurs (PT).

«S'ils voulaient m'entendre, il fallait juste me convoquer et j'y allais. Je ne dois rien (à personne) et je ne crains pas» la justice, a souligné Lula, reprenant un proverbe brésilien, «qui ne doit rien, ne craint rien».

L'ancienne icône de gauche qui a gouverné le Brésil de 2003 à 2010 a qualifié la perquisition à son domicile, puis son transfert au siège de la police, de «show médiatique plutôt qu'une enquête sérieuse».

L'actuelle présidente Dilma Roussef s'est également indignée de l'interpellation «inutile» de son mentor, dans un communiqué.

Les procureurs «ont rallumé la flamme qui m'habite! La lutte continue!», a lancé Lula comme un défi, faisant part à plusieurs reprises de son «indignation» face à ceux qui «veulent criminaliser le Parti des travailleurs, criminaliser Lula» par crainte que le PT reste au pouvoir.

«Je ne sais pas si je serai candidat en 2018» à la présidence, a-t-il lancé, promettant toutefois de parcourir le pays en défense du parti qu'il a fondé en 1980, vers la fin de la dictature.

Devant le siège du PT, des dizaines de militants agitaient les drapeaux rouges du PT et des banderoles de soutien à Lula. «Il n'y aura pas de coup d'État!», criaient-ils.

Le président vénézuélien, le socialiste Nicolas Maduro, lui a apporté son soutien via Twitter: «De cette attaque misérable tu sortiras plus fort, le Venezuela t'embrasse».

«Violence juridique»

Selon le procureur Carlos Fernando dos Santos Lima de l'État du Parana, en charge de l'enquête, l'ex-chef d'État a bénéficié de «beaucoup de faveurs» de la part de grandes entreprises du bâtiment, accusées de corruption dans le scandale Petrobras.

«Les faveurs sont nombreuses et difficiles à quantifier», mais «personne n'est au-dessus de la loi dans ce pays», a martelé devant la presse le procureur, qui n'envisage pas de demander l'incarcération de l'ancien chef d'État à l'heure actuelle.

Lula a subi «une violence juridique», a dénoncé son avocat, Cristiano Zanin Martins. «Rien ne justifie cette urgence. C'est un affront à la Constitution», a-t-il souligné.

L'ex-président a été interrogé sur un appartement triplex, une maison de campagne et des conférences «qui sont des sujets connus pour lesquels il a déjà été interrogé et a déjà répondu», a poursuivi l'avocat, soulignant que Lula «avait le droit de se taire mais a quand même répondu».

Devant son domicile comme à l'aéroport où il a été interrogé, des dizaines de militants pro et anti-Lula lançaient des mots d'ordre et s'insultaient mutuellement, parfois en venant aux mains, sous les yeux attentifs d'effectifs de police armés.

Lancée en 2014, l'enquête sur le scandale Petrobras a mis au jour un système de trucage systématique des marchés passés entre le géant pétrolier contrôlé par l'État et 16 entreprises, donnant lieu à des commissions de 1 à 3 % sur chaque contrat dont une partie était reversée à des élus de la coalition au pouvoir.

L'opération «Lavage rapide» intervient au lendemain d'une avalanche de nouvelles accusations de corruption dans le scandale Petrobras avec notamment la déclaration d'un sénateur impliquant, selon la presse, Rousseff et Lula en assurant que la présidente a manipulé l'enquête.

«Ces révélations filtrées, apocryphes, sélectives et illégales doivent être rejetées et leur origine rigoureusement tirée au clair car elles bafouent la loi, la justice et la vérité», a réagi Dilma Rousseff.

La chef de l'État actuelle est elle aussi en mauvaise position, menacée par une procédure de destitution lancée fin 2015 par un groupe de juristes, soutenus par l'opposition, qui l'accusent d'avoir maquillé les comptes publics.

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