Philippe Agret
AFP

Crise migratoire: vers un «consensus européen»?

Les migrants s'entassent à Idomeni, en Grèce

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Philippe Agret

Dernière mise à jour: 04-03-2016 | 15h29

BRUXELLES, Belgique - Le président du Conseil européen Donald Tusk a prédit vendredi «un consensus européen», pour la première fois depuis le début de la crise migratoire, après avoir sollicité l'aide de la Turquie qui s'est dit prête à réadmettre certains demandeurs d'asile pour soulager l'Europe.

«Pour la première fois depuis le début de la crise des migrants, je peux voir un consensus européen émerger autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux», explique M. Tusk dans une lettre d'invitation au sommet extraordinaire européen organisé avec la Turquie lundi à Bruxelles.

Au terme d'un périple sur la «route des Balkans», la plus empruntée par les migrants, il a rencontré vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan pour l'exhorter à en faire davantage pour ralentir les départs vers l'Europe.

Il s'est également entretenu à Belgrade avec le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic. Lors de ce dernier entretien, «il a été indiqué qu'il fallait s'attendre à un changement de la politique européenne envers les migrants», ont indiqué les autorités serbes dans un communiqué.

Plus de 1,25 million de demandes d'asile, émanant principalement de Syriens, d'Afghans et d'Irakiens, ont été déposées l'an dernier dans l'UE, un chiffre qui a plus que doublé par rapport à 2014, et le plus élevé jamais enregistré, a annoncé l'Office européen de statistiques Eurostat.

Depuis septembre, huit pays ont provisoirement rétabli les contrôles à leurs frontières pour freiner les arrivées. Et dans sa «feuille de route» publiée vendredi, la Commission européenne a plaidé pour un retour au «fonctionnement normal» de l'espace de libre circulation de Schengen d'ici à fin 2016.

Jusqu'à présent, les 28 de l'UE se sont montrés incapables d'apporter une réponse coordonnée, tandis que les flux de migrants se poursuivent, avec plus de 130 000 arrivées en Europe depuis janvier, d'où un appel à la Turquie, pays frontalier de la Grèce d'où embarquent la majorité des migrants en route pour l'Europe.

Appel à la Turquie

«Il y a un besoin immédiat de pallier les récentes failles dans la protection de la frontière extérieure (de l'UE) en Grèce», où ont transité illégalement plus de 868 000 personnes en 2015, a réaffirmé vendredi la Commission.

Jeudi, Donald Tusk avait tenté à Athènes de décourager les migrants économiques. «Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les passeurs. Ne risquez pas vos vies et votre argent. Tout cela ne servira à rien», avait-il imploré.

Au moment où la Turquie est plus que jamais considérée côté européen comme un partenaire clé pour maîtriser la situation, M. Tusk a profité d'une rencontre jeudi avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu pour rappeler que les arrivées de migrants restaient «encore beaucoup trop élevées».

La Turquie, qui accueille 2,7 millions de réfugiés syriens, s'est engagée en novembre à ralentir ce flux en échange d'une aide de trois milliards d'euros et d'une accélération de sa procédure de candidature à l'UE. Mais cet accord avec l'UE n'a pas donné les résultats escomptés.

Or cette semaine Ankara a fait savoir qu'elle était prête à signer avec 14 pays un accord de réadmission de leurs ressortissants sur leur sol, c'est-à-dire d'accepter à nouveau sur son territoire des migrants ayant poursuivi leur chemin en Europe.

«Nous avons aussi commencé à étudier la possibilité d'une réadmission pour les demandeurs d'asile comme ceux venant du Maroc du Pakistan ou d'Afghanistan», trois pays associés aux migrations économiques, a souligné le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

«Les gens sont angoissés»

Sur le terrain, la fermeture partielle des frontières sur la route des Balkans a piégé des milliers de personnes en Grèce, faisant planer la menace d'une crise humanitaire.

La Grèce comptait, selon le ministère de l'Immigration, quelque 32 000 réfugiés sur son territoire, contre 20 000 le week-end dernier. Et les arrivées demeuraient incessantes dans la ville d'Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne.

«Les gens sont angoissés», explique Stella Nanou, du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), «ils veulent aller à la frontière, ils ont peur de ne jamais pouvoir continuer la route».

Et quelque 3000 personnes - des Syriens, des Irakiens, des Iraniens et des Afghans - se pressaient vendredi au port du Pirée, à Athènes, selon le HCR. Couvertures posées par terre, des familles sont accroupies avec des enfants dans les bras. Les plus chanceux dorment sous des tentes.

Et un match de football, entre les clubs Iraklis Salonique-Olympiakos, prévu dimanche, a été reporté en raison du grand nombre d'officiers justement déployés à Idomeni.

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