Sabine Wibaux et Guillaume Daudin
AFP

Migrants: Hollande met en garde contre un «Brexit»

Incursion dans la «Jungle», le camp de réfugiés de Calais

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Sabine Wibaux et Guillaume Daudin

AMIENS, France - François Hollande a averti jeudi David Cameron des conséquences qu'aurait un «Brexit» sur la question des migrants, critique à Calais, lors d'un sommet franco-britannique où le Royaume-Uni s'est engagée à augmenter de 22 millions d'euros son aide à la France.

«Il ne faut pas faire peur, mais dire la vérité. Il y aura des conséquences si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne (...) y compris sur la question des personnes», «sur la manière de gérer les situations en matière de migrations», a déclaré le président de la République au sujet d'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'UE, évoquant les milliers de personnes affluant à Calais (Pas-de-Calais), dans l'espoir de rejoindre la Grande-Bretagne.

M. Hollande s'exprimait lors d'une conférence de presse à la préfecture d'Amiens, à l'issue d'un 34e sommet franco-britannique.

À Calais, les autorités françaises poursuivaient jeudi le démantèlement, entamé lundi, de la «Jungle» dans un climat tendu, émaillé d'incidents, un nouveau groupe d'Iraniens se faisant coudre la bouche dans ce camp insalubre. 

À moins de quatre mois du référendum organisé le 23 juin outre-Manche, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron avait déjà suggéré mercredi dans le Financial Times que la France cesserait de retenir les migrants à Calais en cas de Brexit: «Le jour où cette relation (entre le Royaume-Uni et l'UE) sera rompue, les migrants ne seront plus à Calais.»

«Nous coopérons plus facilement» avec un Royaume-Uni dans l'UE, a souligné pour sa part le secrétaire d'État aux Affaires européennes Harlem Désir, rejetant l'idée d'un «chantage».

Paris ne compte pas remettre en cause les accords du Touquet de 2003 régissant la gestion de la frontière franco-britannique: «Ils n'ont pas vocation à être modifiés», a-t-on indiqué.

Mais la France a réclamé et obtenu de Londres une aide financière additionnelle pour la gestion de Calais, 22 millions d'euros supplémentaires pour 2016 venant s'ajouter aux «plus de 60 millions d'euros» actuels, selon l'estimation de M. Désir.

Cette somme servira notamment à «soutenir le travail des forces de l'ordre françaises», mais aussi à la gestion des centres d'hébergement et à «l'éloignement des migrants» économiques qui ne sont pas «en besoin de protection», selon un texte signé lors d'un sommet d'Amiens. Mais «l'argent ne réglera pas tout», a réagi Xavier Bertrand, président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, évoquant la «politique britannique» envers les migrants.

Coopération militaire

Concernant les jeunes migrants, M. Hollande a dit avoir «été clair avec le premier ministre britannique» au sujet du regroupement familial des mineurs isolés, bloqués à Calais alors que des membres de leur famille sont installés outre-Manche. 

«Quand ces jeunes ont un lien familial avec le Royaume-Uni, ils doivent (le) rejoindre vite et de manière efficace (...). Ça doit se faire encore plus vite et encore plus efficacement», a demandé le chef de l'État. Il y a actuellement «326 mineurs isolés» à Calais, mais «tous ne peuvent prétendre au regroupement familial», a indiqué son entourage.

Paris et Londres ont par ailleurs réaffirmé leur volonté de coopérer en matière d'armement (drones, missiles, guerre des mines sous-marines), avec notamment un accord pour investir «plus de 2 milliards d'euros» dans un programme de «drones de combat».

À l'ordre du jour également, la mise au point d'une force expéditionnaire conjointe franco-britannique de 7000 militaires, ou la construction de deux réacteurs nucléaires EPR controversés à Hinkley Point, en Angleterre, évalués à 24,5 milliards d'euros.

Selon un document de conclusion, EDF déploie «tous ses efforts» pour parvenir «dans un avenir proche» à une décision finale d'investissement sur le sujet. M. Macron a défendu «un très bon investissement» pour l'électricien français, malgré des critiques, notamment de la part des syndicats du groupe.

MM. Hollande et Cameron ont aussi évoqué la situation internationale: ils ont appelé Moscou et le régime syrien à cesser «immédiatement les attaques» contre l'opposition modérée en Syrie.

Avant l'ouverture de ce sommet, le président français et le premier ministre britannique avaient déposé une gerbe de fleurs au cimetière-mémorial britannique de Pozières, lieu emblématique de la Bataille de la Somme qui fit plus de 400 000 morts, de juillet à novembre 1916. 

Ce cimetière accueille les tombes de 2756 soldats de la Première Guerre mondiale. 

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