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Migrants: démantèlement de la «jungle» de Calais

Incursion dans la «Jungle», le camp de réfugiés de Calais

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Dernière mise à jour: 29-02-2016 | 15h37

CALAIS, France - La destruction engagée lundi par la France d'une partie de la «jungle» de Calais, première étape vers le démantèlement de ce camp de migrants devenu le plus grand bidonville du pays, a dégénéré en heurts avec la police.

Depuis des années, des migrants, venus pour la plupart de Syrie, d'Afghanistan et du Soudan, y transitent dans l'espoir de gagner la Grande-Bretagne, en profitant notamment du ballet des camions entre les deux pays.

En début de soirée, quelque 150 migrants, certains armés d'une barre de fer, se sont introduits une heure durant sur la rocade portuaire jouxtant la «jungle», lançant des pierres ou s'en prenant aux véhicules en partance pour l'Angleterre.

Selon un correspondant de l'AFP, les forces de l'ordre ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène, avant d'évincer les protestataires de la route.

Arrivés avec deux bulldozers, les employés d'une entreprise privée mandatée par l'Etat avaient entamé tôt lundi matin la destruction d'abris de fortune vides situés sur une zone de 100 m2 dans le sud du camp, a constaté l'AFP.

Cette partie du bidonville abrite de 800 à 1000 migrants selon la préfecture, mais 3450 selon les associations.

Les migrants ont d'abord observé à distance cette opération, sur un secteur du camp quadrillé par les policiers anti-émeutes, mais la situation s'est tendue en début d'après-midi.

À la suite d'un départ de feu de cabanes, des projectiles ont été lancés sur les policiers par des migrants et des militants radicaux «No Border», qui luttent pour l'abolition des frontières, impliquant environ 150 personnes, selon la préfecture. Les forces de l'ordre ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogène.

Une vingtaine de cabanes ont été incendiées, nécessitant l'intervention des pompiers, selon un photographe de l'AFP.

Trois militants «No Border» ainsi qu'un jeune migrant ont été interpellés selon la préfecture, qui a aussi fait état de cinq policiers légèrement blessés.

Le gouvernement français avait obtenu jeudi l'aval de la justice administrative pour évacuer la partie sud du camp. Les migrants doivent être relogés dans des centres d'accueil à Calais ou ailleurs en France.

La partie nord, qui abrite dans des tentes et cabanes entre 1100 et 3500 réfugiés selon les sources, n'est pas concernée par cette décision de justice et les migrants y restent installés.

Il y a un mois, 500 à 700 migrants avaient déjà dû quitter une bande de 100 m de profondeur longeant l'axe routier stratégique menant au port de Calais.

Cohabitation tendue


La récente crise migratoire a augmenté le nombre de migrants transitant par la région, même si la France reste plutôt à l'écart des grands flux.

Au fil des mois, la cohabitation avec les populations locales est devenue très tendue.

Plusieurs agressions de migrants par des habitants de la région ont été signalées ces dernières semaines, et une dizaine de personnes ont été inculpées. Les manifestations pro ou anti-migrants se multiplient également, menaçant souvent de déraper en batailles rangées. Dans ce contexte, l'extrême droite ne cesse de progresser dans la région, où le Front National (FN) est arrivé largement en tête (43 %) lors des élections régionales début décembre 2015.

Dans son ordonnance la semaine dernière, la justice française avait estimé que le cocktail d'insécurité, d'insalubrité et de violences, entre migrants et forces de l'ordre ou vis-à-vis de riverains, justifiait la l'évacuation du sud de la «jungle».

Pour le gouvernement, l'objectif est à terme le démantèlement total du camp, où survivent entre 3700 et 7000 migrants selon les sources, que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve présente comme une «démarche de mise à l'abri des migrants».

L'État privilégie une double solution. D'une part l'hébergement d'une partie des migrants dans un «centre d'accueil provisoire», des conteneurs chauffés jouxtant la «jungle» elle-même, où 1200 personnes se sont installées depuis janvier.

De l'autre surtout, les départs dans l'un des 102 «centres d'accueil et d'orientation» disséminés partout en France, où les migrants sont censés réfléchir au dépôt de demandes d'asile plutôt que de tenter la traversée clandestine risquée vers l'Angleterre.

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