Rim Haddad
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Syrie: Damas approuve le cessez-de-feu, les doutes subsistent

Syrie: Damas approuve le cessez-de-feu, les doutes subsistent

Sur le terrain, des rebelles et des civils ont exprimé leurs doutes sur ce cessez-le-feu, doutant de la bonne foi du régime et de ses alliés.Photo Archives / AFP

Rim Haddad

Dernière mise à jour: 23-02-2016 | 13h58

DAMAS, Syrie - Le régime de Damas a donné mardi son accord au projet américano-russe de cessez-le-feu en Syrie, dont l'entrée en vigueur pourrait buter sur de sérieux obstacles comme l'exclusion d'influents groupes jihadistes.

Les groupes clés de l'opposition, réunis dans le Haut comité des négociations (HCN), avaient annoncé lundi qu'ils acceptaient le cessez-le-feu à condition que les dispositions de la résolution 2254 de l'ONU soient respectées, dont celles prévoyant un accès aux civils dans les zones assiégées et la livraison d'aide humanitaire.

Cette trêve, prévue pour débuter vendredi à minuit, exclut notamment le groupe État islamique (EI) et le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, qui contrôlent de larges pans du territoire syrien.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a indiqué mardi à l'AFP que le régime acceptait la trêve, mais qu'il poursuivrait ses «opérations militaires pour lutter contre le terrorisme de Daech (acronyme en arabe de l'EI), le Front Al-Nosra et les autres groupes terroristes qui leur sont liés».

«Le gouvernement syrien est prêt à coordonner avec le côté russe pour déterminer quelles sont les régions et les groupes armés qui feront l'objet du cessez-le-feu», a ajouté le ministère dans un communiqué.

Depuis le début en 2011 du conflit en Syrie, qui a fait plus de 270 000 morts selon un nouveau bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), le régime ne fait aucune distinction entre militants, rebelles et jihadistes, les qualifiant tous de «terroristes».

«Difficilement applicable»

Après un entretien lundi avec son homologue américain, le président russe Vladimir Poutine avait assuré que son pays, allié militaire de Damas, «fera le nécessaire» pour que le régime respecte l'interruption des combats et disait espérer que les États-Unis, qui appuient les groupes rebelles, «feront la même chose» avec eux.

«Il semble y avoir aujourd'hui une coordination encore plus étroite entre Russes et Américains, qui semblent prêts à se porter garants de cette trêve et à influencer leurs alliés respectifs», a expliqué à l'AFP Karim Bitar chercheur auprès de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

«Les obstacles de fond demeurent mais chacune des parties pourrait avoir intérêt à une trêve temporaire», a-t-il ajouté.

Mais sur le terrain, des rebelles et des civils ont exprimé leurs doutes sur ce cessez-le-feu.

«C'est un accord difficilement applicable», a affirmé à l'AFP Abou Ibrahim, un commandant de la faction rebelle «Brigade 10» qui combat les troupes loyalistes dans l'ouest et le nord-ouest du pays. «Qui peut garantir que le régime cesse ses frappes (contre les rebelles)?».

Pessimisme également de mise pour Waël, habitant de Boustane al-Qasr, un quartier de la ville d'Alep dévasté comme les autres secteurs rebelles de la ville par les bombardements aériens du régime.

«La trêve est vouée à l'échec», dit cet employé d'une imprimerie. «La souffrance du peuple syrien va durer, les sièges ne seront pas levés et l'aide humanitaire n'arrivera pas».

Pour certains, c'est surtout l'exclusion du Front Al-Nosra, allié à des groupes rebelles dans plusieurs régions, qui est un obstacle majeur à l'entrée en vigueur de la trêve.

«Signe d'espoir»

«Les milices alliées du régime (...) seront à l'abri de tout acte hostile mais eux auront le droit d'attaquer les zones contrôlées par Al-Nosra et l'EI», indique le militant Zein el-Basha, originaire de Damas, sur sa page Facebook.

En 2015, une coalition formée d'Al-Nosra et de rebelles avait chassé le régime du nord-ouest de la Syrie. Mais depuis le début de la campagne aérienne russe en septembre, les forces gouvernementales ont repris l'initiative.

Peu après l'annonce lundi de l'accord, le président Assad a d'ailleurs annoncé que des élections législatives seraient organisées le 13 avril dans tout le pays.

La proposition de trêve intervient près de trois semaines après l'échec de négociations de paix à Genève et alors qu'une trêve censée entrer en vigueur vendredi dernier, conformément à un accord parrainé par Moscou et Washington, a été ignorée.

Le patron de l'ONU Ban Ki-moon a accueilli le nouveau projet américano-russe de cessation des hostilités comme un «signe d'espoir pour la population syrienne».

La Turquie, farouche opposante au régime de Damas, a salué l'initiative mais s'est déclarée peu optimiste sur sa portée. Elle a en outre promis, en cas d'attaque, de riposter à sa frontière contre les milices kurdes qu'elle bombarde depuis plus d'une semaine dans le nord de la Syrie.

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