Hélène Colliopoulou et Vassilis Kyriakoulis
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Des milliers de migrants pris à la frontière gréco-macédonienne

Des milliers de migrants pris à la frontière gréco-macédonienne

Un Afghan coincé à la frontière gréco-macédonienne, le 21 février 2016. Photo Sakis Mitrolidis / AFP

Hélène Colliopoulou et Vassilis Kyriakoulis

Dernière mise à jour: 22-02-2016 | 13h50

IDOMENI, Grèce - Des milliers de migrants étaient bloqués lundi en Grèce, la Macédoine refusant de les laisser continuer leur route vers le nord, alimentant les craintes d'Athènes de voir les pays des Balkans fermer leurs frontières et laisser les réfugiés s'entasser chez elle.

Près de 5000 migrants et réfugiés se trouvaient en soirée au poste frontière gréco-macédonien d'Idomeni, après la décision de la Macédoine de ne plus autoriser l'entrée aux Afghans, puis de suspendre tous les passages dans l'après-midi, après une montée de tension.

Les Afghans bloqués, quelque 600, dont nombre d'enfants, ont en effet protesté contre le bouclage, campant sur la voie ferrée frontalière et criant «ouvrez les frontières». Trois d'entre eux ont forcé le barrage policier et escaladé la clôture frontalière avant d'être arrêtés côté macédonien.

«Nous traverserons, sinon nous mourrons sur place», a lancé à l'AFP Mohamed Asif, un Afghan de 20 ans.

La Macédoine «a restreint l'entrée des Afghans car la Serbie, la Croatie et la Slovénie ont décidé de réduire leur nombre», a indiqué la police macédonienne dans un communiqué, précisant que plus de 600 Afghans avaient été renvoyés en Macédoine ces derniers jours.

La Serbie a elle renvoyé la responsabilité sur la Croatie, affirmant simplement s'aligner sur l'attitude de ses voisins balkaniques.

Une source policière croate a toutefois démenti une interdiction de passage visant spécifiquement les Afghans, imputant le renvoi des déboutés au fait qu'ils ne remplissaient pas «les critères requis».

Selon un officiel macédonien, les Croates auraient entendu des Afghans parler grec, et en auraient déduit qu'il s'agissait de migrants économiques déjà installés en Grèce qui ne faisaient que profiter de la vague actuelle pour monter vers le nord de l'Europe.

Pour éviter la création d'un abcès de fixation à Idomeni les autorités grecques ont bloqué le trafic des cars qui y acheminaient les migrants après leur arrivée au port du Pirée (près d'Athènes, 500 km plus au sud), depuis les îles grecques.

Quelque 3000 migrants et réfugiés y ont débarqué dans la matinée, et plus d'un millier dans la soirée.

Parmi eux, de nombreux Afghans: selon l'Organisation internationale pour les migrations, quelque 8500 ont déjà rallié les îles grecques en février, après 15 000 arrivées en janvier, plus d'un quart du total des entrées.

Les derniers arrivants au Pirée ont commencé à être répartis entre les camps d'Eleonas, près du centre d'Athènes, d'Hellenikon en bord de mer, et de Schisto, un nouveau centre d'accueil dans la banlieue ouest de la capitale. Mais beaucoup ont aussi rallié le centre d'Athènes à la recherche de moyens pour gagner la frontière.

«Mauvais signal»

La Grèce a «entamé des actions diplomatiques» face à ces actions «unilatérales» de ses voisins, a indiqué le ministre de l'Immigration Yannis Mouzalas.

L'Autriche avait donné vendredi le signal d'un resserrement de la route des Balkans, en décidant de ne plus admettre que 80 demandeurs d'asile par jour, et 3200 migrants en transit (sans précision de nationalité).

Une source gouvernementale grecque avait alors prédit que «si l'Autriche ferme ses frontières, il y aura un effet domino» sur la route migratoire via les pays des Balkans.

L'Allemagne a vivement réagi à la décision autrichienne. «Dire que 3200 peuvent continuer vers l'Allemagne, c'est un mauvais signal», a estimé le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière. «Le nombre est beaucoup trop élevé (...) nous ne l'acceptons pas», a-t-il déclaré.

L'Autriche a de son côté rejeté lundi les critiques du commissaire européen chargé de la Migration, Dimitris Avramopoulos, qui a avait relevé dans un courrier à Vienne qu'imposer un quota de demandeurs d'asile était «clairement incompatible» avec le droit européen.

Uniquement entourée de pays membres de l'UE, l'Autriche «n'est pas le premier pays sûr où ces personnes (les migrants) posent le pied», a riposté sa ministre de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner.

Vienne a invité les ministres de l'Intérieur des pays de la route balkanique mercredi pour une réunion de coordination sur la «gestion migratoire», avant celle des ministres européens de l'Intérieur prévue jeudi.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait tenté lors du sommet européen de jeudi et vendredi de freiner toute fermeture unilatérale des frontières sur la route des Balkans au moins jusqu'à la fin de semaine prochaine, où doit se tenir un sommet entre la Turquie et l'UE.

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