Raul Burgoa
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Bolivie: les électeurs se prononcent sur la constitution

Bolivie: les électeurs se prononcent sur la constitution

Evo Morales vote lors du référendum.Photo AFP

Raul Burgoa

LA PAZ, Bolivie - Les Boliviens ont commencé à voter dimanche pour décider s'ils autorisent Evo Morales à briguer un quatrième mandat présidentiel, pour se maintenir au pouvoir jusqu'en 2025, un référendum sous tension sur fond d'accusations de corruption.

Jusqu'à la semaine dernière, les partisans de la réforme de la Constitution pour permettre au plus ancien président en exercice d'Amérique latine de briguer un nouveau mandat en 2019 - pour la période 2020-2025 - étaient à égalité avec les opposants.

Mais les accusations de trafic d'influence qui le visent semblent avoir changé la donne. Dans les derniers sondages, les tenants du non (47 %) devançaient largement ceux du oui (27 %).

Si ce scénario devait se confirmer, il s'agirait de sa première défaite depuis son arrivée au pouvoir il y a dix ans, même si son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), a déjà subi quelques revers lors des élections municipales de 2015.

Evo Morales, 56 ans, a affiché dimanche un optimisme sans nuance, après avoir déposé son bulletin dans l'urne: «Nous allons largement gagner (...), le peuple va se décider en conscience et nous allons manquer de temps pour faire la fête», a-t-il prédit.

Le scrutin semblait se dérouler dans le calme. Dans l'après-midi n'avait été signalé qu'un incident, dans un bureau de Santa Cruz, où des électeurs ont mis le feu à quelques urnes après avoir constaté qu'il manquait du matériel de vote.

M. Morales, premier président amérindien de Bolivie, est soupçonné d'avoir usé de son influence en faveur de son ex-compagne, Gabriela Zapata. À 28 ans, cette dirigeante de l'entreprise chinoise CAMC a signé des contrats avec le gouvernement pour 576 millions de dollars. Plusieurs enquêtes sont en cours.

Près de deux semaines après le début de l'affaire, le président, champion autoproclamé du socialisme du XXIe siècle, avait nié: «Quel trafic d'influence, tout est un montage de l'ambassade des États-Unis!», avait-il accusé. Pour lui nuire lors du référendum, avait-il insisté.

«Si le peuple m'aime ou pas»

L'un de ses ministres avait aussi accusé le journaliste ayant dénoncé l'affaire, Carlos Valverde, ancien responsable des services secrets dans les années 1990, d'être «un agent de l'ambassade des États-Unis».

Le chef de l'État pourrait également être affecté par les conséquences du saccage et de l'incendie de la mairie del Alto, contrôlée par l'opposition, où six personnes ont péri mercredi.

Selon la maire Soledad Chapeton, membre du parti d'opposition Unité Nationale (UN), ce coup de force a été dirigé par d'anciens fonctionnaires proches du MAS, sous le coup d'une enquête pour des faits de corruption présumée.

Tandis que l'opposition concentre ses attaques sur les affaires de corruption, M. Morales et son vice-président Alvaro Garcia Linera ont mis l'accent sur le développement économique du pays.

Cet ancien berger de lamas, forgé dans le syndicalisme, a su amener la Bolivie à une stabilité politique sans précédent et une croissance économique soutenue, notamment en nationalisant les ressources naturelles.

Malgré l'effondrement des cours des matières premières, la Bolivie - qui fournit du gaz naturel au Brésil et à l'Argentine - prévoit une croissance moyenne de 5 % sur la période 2016-2020.

Ses succès en matière de lutte contre la pauvreté valent à Evo Morales un fort soutien populaire.

«Moi aussi je veux savoir si le peuple m'aime ou pas, c'est ce qu'il y a de plus démocratique», a répété le président, né dans la misère de l'Altiplano, pour expliquer la révision de la Constitution.

Quelque 6,5 millions de Boliviens sont inscrits sur les listes électorales, et le vote est obligatoire.

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